5 août 2015

A Passing Fancy - Passing Fancy (1968)

Quand on pense avoir fait le tour des disques sixties, on finit toujours par trouver une pépite qui rend caduque une telle assertion... C'est le cas de A Passing Fancy que l'on a découvert, par hasard (merci internet), il y a quelques mois.
Groupe canadien, de Toronto pour être précis, A Passing Fancy s'était fait connaître en 1967 avec un premier single, "I'm Losing Tonight" dans une veine à mi-chemine entre les Kinks des débuts et les Shadows Of Knight, ce qui leur permet d'enregistrer leur premier et unique album l'année suivante sur un label indépendant The Boo.
Le disque ne sera donc diffusé que localement ce qui explique ainsi qu' l'on ne retrouve pas souvent ce dernier cité parmi les must have de l'époque alors que le moindre groupe américain de l'époque arrive à recevoir les honneurs de compilations.
Et pourtant ce disque est une pure merveille.

Le morceau-titre, "A Passing Fancy" est ainsi une superbe ritournelle pop, concise et efficace portée par un orgue discret, "You're Going Out Of My Mind" dans une veine british invasion avec quelques inflexions typique de la pop psyché qui avait cours à l'époque, penchant clairement assumé sur le délicat "Sounds Silly". "She Phoned" plus nerveuse montre l'incroyable capacité du groupe a maintenir un haut niveau mélodique quelque soit le tempo.
Si le groupe est assez remarquable quelque soit le style proposé, il réussit également à sortir par instant des sentiers battus. Ainsi "I Believe In Sunshine" a un parfum curieux, rappelant beaucoup de titres de l'époque tout en sonnant très moderne, on a presque l'impression d'entendre du Television Personalities avec dix ans d'avance !
On retrouve ces accents de modernité sur un titre comme "Island" merveilleusement orchestré et produit, l'intro de "Spread Out" ou "Little Boys With Little Girls" que l'on verrait bien repris par Blur.
"Your Trip" est la seule concession au blues rock ambiant. Si le résultat n'est pas mauvais ce n'est clairement pas le créneau dans lequel ils excellent.
Seule (petite) fausse note d'un disque en tout point remarquable.

Frank

Tracklisting :
1. I'm Losing Tonight
2. A Passing Fancy
3. You're Going out of My Mind
4. Sounds Silly
5. She Phoned
6. I Believe in Sunshine
7. Island
8. Your Trip
9. Little Boys for Little Girls
10. Under the Bridge
11. Spread Out
12. People in Me
13. [Untitled]

Audio et vidéo :






22 avril 2014

The David - Another Day, Another Lifetime (1967)

Attention, chef d'oeuvre oublié ! Oui, car ce Another Day Another Lifetime fait partie des bijoux de la pop psyché californienne sixties. Si The David est systématiquement oublié des anthologies et autres discothèques idéales, ils ont pourtant sorti en 1967 un album qui n'a pas à rougir aux côtés des fleurons du genre.
Le groupe se forme en 1965 autour du chanteur Warren Hansen, du bassiste Chuck Spieth, du batteur Tim Harrison et des guitaristes Mike Butte et Mark Bird. Après quelques singles, Butte quitte le groupe, Bird assurant toutes les parties de guitare sur le disque.
Pour ce qui doit devenir le premier album du groupe, Vance Music Company voit grand, recrute notamment Gene Page pour les arrangements et permet au groupe d'enregistrer avec cuivres, corde et sitars !
Tous les titres sont signés Warren Hansen (on trouve en bonus track sur l'édition cd deux autres titres, "I Don't Care" et "(Mister) You're A Better Man Than I" des Yardbirds).

D'entrée, les six minutes du morceau-titre mettent dans l'ambiance : pop symphonique, léchée, choeurs en pagaille, cuivres rutilants, l'ensemble, joué par d'autres, pourrait sonner pompier, c'est juste parfait aux mains de The David. Un titre sur lequel le groupe au milieu du morceau ralentit le tempo, sort les percussions et prend une coloration orientalisante bien dans le ton de l'époque.
L'excellence de ce premier titre ne saurait masquer la qualité des titres qui le suivent, "Sweet December" qui convoque un orgue doorsien, "Now To You" qui mêle envolées de guitares, flûte et cordes, "Tell Me More" et son final orientalisant, "Professor Crawford", "Time M" et son intro victorienne en complet décalage avec la suite plus heavy ou ce "So Much More", petite friandise sucrée.

L'album joue aussi sur les similitudes. Ainsi, une partie des titres commence souvent de la même manière, avec des vocaux hauts perchés, scandant le titre ou le refrain du morceau. De même, on retrouve souvent au sein d'un morceau les éléments qui en rappellent furieusement un autre sans que l'on arrive précisément à le définir. Roublard. On pourra quand même citer le riff de "Sweet December" qui reprend le thème de "Another Day, Another Lifetime" en accéléré ... Ces éléments offrant l'air de rien une réelle unité entre les morceaux.

Le disque, comme c'est malheureusement trop souvent le cas, malgré des passages radios, n'eut pas le succès escompté et rejoignit le lot de ces disques maudits et injustement oubliés.
A réhabiliter d'urgence.

Frank

Tracklisting :
1. Another Day, Another Lifetime I Would Like To Know - 5:53
2. I'm Not Alone - 1:50
3. Sweet December - 3:06
4. Tell Me More - 2:25
5. Now To You - 2:50
6. Professor Crawford - 2:41
7. Time M - 3:49
8. So Much More - 2:17
9. Mirrors Of Wood - 3:24
10.Of Our Other Days - 2:08
11.I Don't Care  (Unissued) - 2:12
12.Mister, You're a Better Man Than I  (Unissued) - 2:52

Audio et vidéo :

18 mars 2014

The Millennium - Begin (1968)

Curt Boettcher est un de ces génies oubliés comme semble en avoir pondu par dizaines les sixties. Magicien de studio, il a notamment joué au sein de The Association mais il est surtout responsable de deux classiques absolus, ce Begin sous le nom The Millenium et Present Tense avec son compère Gary Usher au sein de Sagittarius (on ajoutera son très bon album solo de 1973, There's An Innocent Face).
Fans de Jacco Gardner, ne cherchez pas plus loin la filiation, tant les travaux du néerlandais font écho à ceux du californien.

Enregistré dans son studio d'enregistrement avec des amis de longue date et la crème des musiciens de studio de LA de l'époque comme Red Rhodes -musicien de studio qui a notamment joué sur les albums des Monkees, Byrds ou Doug Dillard de The Dillards (et qui s'acoquinera avec Gene Clark sur le génial The Fantastic Expedition Of Dillard And Clark) - ce Begin est une réussite absolue. Une oeuvre maîtresse de ce que l'on a coutume d'appeler sunshine pop même si les compositions de ce Begin, bien que représentative du style, rendent l'appellation quelque peu réductrice.

Le soin apporté aux arrangements vocaux sur des pistes comme "I Just Want To Be Your Friend", "S.A.M.", "The Island" sont révélatrices de l'impact qu'a eu sur le groupe les enregistrements des Beatles ou des Byrds. Et même des Bee Gees sixties à l'écoute d'un titre comme "It Won't Always Be The Same". Pour autant le songwriting de Boettcher et de ses compagnons (tout le monde participe à l'écriture des morceaux), la finesse des enregistrements font que ces compositions ne sont pas de simples copies de leurs glorieux contemporains mais bien la preuve du génie d'un groupe (et d'un artiste) hors norme, injustement oublié, dont la place est aux côtés des plus grands. Et d'ailleurs, même quand The Millennium apporte une touche plus psychédélique, il ne sonne comme aucun autre ("Karmic Dream Sequence #1").

Mais si la majorité des titres présents sur l'album correspondent parfaitement au style sunshine pop, Begin se caractérise aussi par une grande variété de morceaux avec pour dénominateur commun, la classe absolue. On y trouve ainsi des ballades délicates ("The Island" ; "There Is Nothing More To Say") et des pistes plus enlevées ("Sing To Me" ou "It's You") que le groupe exécute magnifiquement.

On a parlé du travail sur les voix mais que dire du soin apporté à chaque titre qui se voit rehaussé ici de cordes délicates, là de cuivres, quand ce n'est pas un banjo... un ravissement pour les oreilles.

Un disque qui à sa sortie a été le plus coûteux jamais sorti par Columbia. Un disque qui par ses faibles ventes, n'a jamais été rentabilisé entraînant la disparition du groupe (enfin du collectif) qui n'aura donc sorti sous ce nom qu'un unique album. Un seul. Mais un classique.

Frank

Tracklisting :
1-Prelude
2-To Claudia on Thursday
3-I Just Want to Be Your Friend
4-5 A.M.
5-I'm With You
6-The Island
7-Sing to Me
8-It's You
9-Some Sunny Day
10-It Won't Always Be the Same
11-The Know It All
12-Karmic Dream Sequence #1
13-There Is Nothing More to Say
14-Anthem (Begin) 


Audio et vidéo :

7 septembre 2013

The Fleur de Lys - You've Got To Earn It (1965-9) (2013)

Originaire de Southampton, les Fleurs de Lys ou The Fleur De Lys sont un des groupes les plus enthousiasmants venus d'Angleterre durant la glorieuse décennie sixties. Pourtant, il faudra attendre plus de trente ans et diverses compilations parues dans les 90's pour que le groupe ne soit plus simplement l'objet de culte d'une poignée d'historiens avisés du rock (1).

Il faut dire que le groupe n'avait pas son pareil pour ruiner son potentiel comme en atteste son histoire erratique et assez courte (1965-69) parsemée de changements de personnel constant. Ainsi, seul le batteur Keith Guster participera à tous les line-up du groupe !
Ajoutez à cela l'enregistrement de singles sous différents noms (Shyster, Chocolate Frog, Waygood Ellis ou Rupert's People ! ) et l'absence totale d'albums (le groupe n'a sorti que des singles), vous imaginez bien que cela ne plaide pas pour une reconnaissance immédiate.
Et pourtant, les Fleurs de Lys ont connu l'excellent label Immediate d'Andrew Long Oldham avant de finir chez Atlantic, ce qui aurait du suffire pour leur permettre, sans ces errements, de connaître un succès qui leur tendait les bras au vu de la qualité des titres qu'ils auront écrits ou interprétés.

En effet, les Fleurs de Lys ont laissé une collection de singles à faire palir d'envie tout musicien et à faire se pâmer tout amateur de freakbeat qui se respecte ("Mud In Your Eye").
Le style du groupe est immédiatement reconnaissable, notamment par la place laissée aux saillies de fuzz comme en atteste des titres comme "Hold On" ou le splendide "Circles", reprise des Who, qu'ils dynamitent littéralement.

Mais le groupe s'est aussi révélé être un formidable backing band pour l'excellente Sharon Tandy ("Daughter Of The Sun" ; "Love Them All" ; "Gotta Get Enough Time") première artiste blanche à avoir signé chez Stax.

Et que dire de "Liar", qui constitue pour votre serviteur l'un des plus grands morceaux de l'histoire du rock, le genre de titre qui une fois entendu ne s'oublie plus et mériterait sa place sur n'importe quelle anthologie de l'époque.

S'il on a souhaité parler aujourd'hui de ce groupe, c'est qu'il vient d'être à nouveau compilé (remarquablement) par le non moins respectable label Acid Jazz.
You've Got To Earn It, le bien nommé, offre la quintessence du groupe, dix huit titres magistraux, faisant de ce disque un achat indispensable.

Frank

(1) le groupe est également présent sur les disques 1 et 3 du Nuggets II: Original Artyfacts from the British Empire and Beyond, 1964-1969 avec les titres "Mud In Your Eye" et "Circles".

Vidéos :






6 juillet 2013

Saga Caravan - If I Could Do It ... (1968-72) - (2/2)



1971 – In the land of grey and pink
« Pick our fill of punk weed and smoke it till we bleed, that's all we'll need » (Richard Sinclair, In the land of grey and pink)
La pochette rose montre un paysage de village hobbit. C'est donc un chef-d’œuvre.
Pye Hastings, en retrait, ne signe qu'un titre court et dispensable sur la première face. C'est Richard Sinclair qui prend la main en signant trois titres de toute beauté. Il y est question de pluie de balles de golf ("Golf girl"), de ménestrels, de dragons et de chevaliers ("Winter wine"), et de petites créatures facétieuses – nasty grumbly grimblies ("In the land of grey and pink"). Trois classiques de Caravan. S'y ajoute sur la face deux un enchaînement de huit titres signés du cousin David sous le nom de "Nine feet underground". Le son bien particulier qu'il produit, marque de fabrique de Caravan, est obtenu en ajoutant un soupçon de fuzz à son orgue. La sonorité reste onctueuse, beaucoup moins sifflante que celle de Mike Ratledge, d'autant que le phrasé de David Sinclair, qui ne crache pas sur la wah-wah, tend à se couler de plus en plus dans celui du saxophone de Jimmy Hastings, très présent sur cette face. Il y enchaîne les solos de flute et de sax avec une coolitude supérieure.
Si In the land of grey and pink est l'album du groupe qui s'est le mieux vendu et qui est généralement présenté comme son classique, on serait fondé à reprocher au groupe d'avoir émoussé le tranchant de sa lame depuis l'album précédent, d'avoir privilégié le versant prog-jazzy aux dépens du versant pop-psyche. L'argument est admissible, mais il l'est surtout pour ce "Nine feet underground", les merveilles de Richard Sinclair sur la première face emportant définitivement l'adhésion.

Face A : Golf Girl / Winter Wine / Love to Love You (And Tonight Pigs Will Fly) / In the Land of Grey and Pink
Face B : Nine Feet Underground (Nigel Blows a Tune - Love's a Friend - Make It 76 - Dance of the Seven Paper Hankies - Hold Grandad by the Nose - Honest I Did! - Disassociation - 100% Proof)

En écoute ici :
http://grooveshark.com/#!/album/In+The+Land+Of+Grey+And+Pink/164443

Vidéos :


1972 – Waterloo Lily
« Ain't life a disaster? » (Steve Miller, Songs and signs)
Le désastre, cela aurait pu être le départ de David Sinclair qui rejoint Robert Wyatt pour fonder Matching Mole. A la demande de Richard Sinclair, c'est Steve Miller qui remplace le cousin lâcheur. Seulement Steve Miller goûte peu l'orgue, il joue essentiellement du piano (un électrique Wurlitzer, moins couteux que le Fender Rhodes) dans un style jazz-rythm'n blues et renâcle à faire du Sinclair. Le son et le style de Caravan changent de façon significative. Une fissure se dessine entre un axe Pye/Coughlan qui craignent que Caravan ne perde son public pop et l'axe Sinclair/Miller prêt à chasser sur des terres plus aventureuses. L'instrumental "Nothing at all" s'appuie sur une redoutable ligne de basse simplissime et ultra groovy sur laquelle viennent improviser des invités comme l'inénarrable Lol Coxhill au soprano et le guitariste Phil Miller, frère de Steve, et guitariste de Matching Mole (le monde de Canterbury est petit). "Waterloo lily" est un titre enjoué à la "Golf girl", en plus heavy, chanté par Richard. "The love in your eye" est le morceau de bravoure de Pye, une magnifique mélodie, hélas gâchée par un arrangement de cordes baveuses et de cuivres par trop rutilants. Les trois autres titres, chantés par Pye, courts, sont parfaitement charmants. Et le cd comporte des bonus excellents comme ce "Pye's june thing" chanté avec un simple accompagnement de guitare sèche.
Avec ses défauts, son côté bancal, "Waterloo Lily" est un album très attachant. On peut trouver que "In the land..." frisait l'overdose d'orgue, la légèreté du piano de Miller est d'autant plus appréciable qu'elle permet aux autres de s'exprimer. Pye prend ses premiers solos de guitare et s'en sort très bien. Quant à Richard Sinclair, il est impérial. Le mixage met sa basse très en avant et il rayonne tout au long du disque.
C'est un fait rare qu'un groupe en train de se déliter produise un très bon album, et ce n'est pas tous les jours qu'on voit un fait rare passer.

Face A : Waterloo Lily / Nothing at All - It's Coming Soon - Nothing at All (Reprise) / Songs and Signs
Face B : Aristocracy / The Love in Your Eye - To Catch Me a Brother - Subsultus - Debouchement - Tilbury Kecks / The World Is Yours

En écoute :
http://grooveshark.com/#!/album/Waterloo+Lily/2769138

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Epilogue
Hastings et Coughlan restent seuls à bord de Caravan, Richard Sinclair part fonder Hatfield & the North avec Phil Miller, Pip Pyle et Dave Stewart. Quant à Steve Miller, il enregistre avec Lol Coxhill (deux split-albums réédités en double cd chez Cuneiform. Le Caravan poppy-proggy de 1973 a du succès (For girls who grow plump in the night), mais c'est un autre groupe dont Pye est l'unique leader. Le groupe originel se rassemble en 1982 pour enregistrer Back to front pour lequel il autorisé d'avoir une certaine indulgence si l'on est vraiment caravanomaniaque.
Si j'étais moi, ce qu'à Dieu ne plaise, je conseillerais de commencer par If I could do it … parce que c'est le plus acéré, le plus fougueux comme le plus aérien, des albums de Caravan.
Après, vous êtes assez grands pour vous débrouiller, non?



3 juillet 2013

Saga Caravan - If I Could Do It ... (1968-72) (1/2)

Groupe emblématique du Canterbury sound, Caravan est issu de la matrice originelle, les Wilde (avec un e comme dans Oscar) Flowers, combo de rythm'n blues approximatif emmené par les frères Brian et Hugh Hopper entre 1963 et 1967. Les Wilde Flowers ont aggloméré, à des périodes et pour des durées diverses, les garçons qui devinrent ensuite Soft Machine et Caravan.
Caravan n'a pas eu un succès colossidérable en son temps. Trop sage pour les freaks, trop aventureux pour les poppeux, pas assez glamour pour les glamoureux … , un peu de tout ça sans doute. En tous cas, on a rarement fait musique aussi british, au sens cup of tea du terme, que les petits gars, half-babas half-chaps, de Caravan.
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1968 – self titled
« Soft Machines, Heart Club Bands and all are welcome here with me » (Pye Hastings, Magic man)
Ces mots là sont révélateurs de ce que veut réaliser Pye Hastings  : mêler l'extravagance de la Machine Molle avec l'évidence mélodique des Fab Four. Il y parvient et cela s'appelle Caravan. Et ce n'est pas mollasson.
Mais, bien monter une mayonnaise à la fourchette, ça demande un tour de main. Il faut souvent s'y reprendre à deux fois pour atteindre la perfection. Ainsi, le 1er album homonyme de Caravan est-il tenu par certains comme aussi essentiel que le sont Piper at the gates of dawn pour Pink Floyd ou le Volume 1 pour Soft Machine.
Certes.
Soit.
Bon.
Mais faut pas pousser Mémère dans les orties, quand même. Le 1er Caravan est un album plein de qualités, de bonnes idées, mais ce n'est pas l'équivalent de ces deux là. Si l'on veut vraiment chercher une analogie, il faudrait mettre ce disque sur le même plan que Jet propelled photographs (le Soft Machine vol. 0 en quelque sorte), une ébauche intéressante, une esquisse prometteuse du meilleur à venir.
Caravan se cherche encore et sa pop psychédélique fait souvent songer au Soft Machine des débuts ("Place of my own", "Policeman", "Magic Man") d'autant que les solos sont joués par l'orgue de David Sinclair, alors que la guitare de Pye Hastings reste très discrète. Par ailleurs, la complémentarité des voix de Pye Hastings, plutôt haut perchée, et de Richard Sinclair, bien plus crooneuse, fait inévitablement penser au couple Wyatt-Ayers.
Au jeu des ressemblances, "Grandma's Lawn" évoque clairement les Nice alors que "Cecil Rons", sombre et théâtral, fait penser au premier Floyd
Deux titres cependant ne ressemblent à rien d'autre qu'à … Caravan. Sur "Ride", la voix éthérée de Pye Hastings, suspendue en apesanteur au dessus de quelques notes de guitare, annonce les réussites du second album. Sur "Love song with flute", les lecteurs perspicaces auront deviné qu'on peut entendre, pour la première fois, la flute virevoltante de Jimmy Hastings, frère aîné de Pye.

Face A : Place of My Own / Ride / Policeman / Love Song with Flute / Cecil Rons
Face B : Magic Man / Grandma's Lawn / Where But for Caravan Would I?

En écoute :
http://grooveshark.com/#!/album/Caravan/4015060

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1970 - If I could do it all over again, I'd do it all over you
« I've got all that I need
And I'm singing my song to the sky » (Pye Hastings, Dont worry)
Ils sont comme ça chez Caravan, ils font le meilleur album du monde et ils chantonnent, les doigts de pied en bouquet de violettes, au lieu de s'occuper de gérer leur carrière. Parce que vous aurez compris que If I Could Do It All Over Again, I'd Do It All Over You est le meilleur album du monde. A moins que ce ne soit le suivant, In the land of grey and pink. Alors, Rubber soul ou Revolver ? Dom Juan ou Les Noces ? Pawn Hearts ou Still Life ? N'ergotons pas en vain, il les faut tous. Même si je préfère If I Could Do It All Over Again, I'd Do It All Over You à In the land of grey and pink.
Nettement.
Quoique.
En fait, ça dépend.
Celui que je préfère, en réalité, c'est toujours celui que je suis en train d'écouter.
If I Could Do It All Over Again, I'd Do It All Over You sort trois mois après Third de Soft Machine et il est bien clair désormais que les deux groupes n'ont plus grand chose en commun. Quand Soft Machine s'engage dans un jazz avant-gardiste en coupant le sifflet à Robert Wyatt pour laisser parler le saxophone coltranien d'Elton Dean, Caravan produit un chef d'oeuvre de pop aux mélodies lumineuses, aux harmonies vocales séraphiques.
Pye Hastings est, dans cet album, le principal compositeur du groupe. Sa voix frêle est pour beaucoup dans la légèreté de Caravan. "As I feel I die" est éclairant à cet égard, Pye installe au début du morceau une ambiance atmosphérique et liquide à la fois, instable et fragile, redoutablement vertigineuse pour le consommateur moyen de diéthylamide d'acide lysergique. "Can't be long now" est construit sur le même modèle : orgue, voix, trilles de flute. Ça plane sévère.
Et puis, il y a les solos … Il y en a beaucoup (mais pas assez), ils durent longtemps (mais pas assez). Pop-jazz, alors ?
Bien sûr qu'il y a du jazz dans cette pop là, mais, comme dans le meilleur jazz, cela ne tourne jamais à la sèche démonstration de virtuosité, à la prouesse technique, telle qu'on peut l'entendre dans le prog pompier de Voussavéki. Il n'y a pas de capes en lamé chez Caravan. Dave Sinclair à l'orgue, « Brother Jim » au sax et à la flute, ne sont pas bavards, ils sont loquaces. Nuance. Ils ont des tas de choses à dire et les disent avec élégance. Et avec un tel sens de la mélodie que tout passe comme une lettre à la poste, avec une fluidité parfaite.
Enfin, il y a Richard Sinclair, un régal de bassiste, au jeu inventif, agile et ultra dynamique qui propulse toute la machine vers l'avant. La rythmique est, on ne le dit pas assez, essentielle au plaisir que procure l'écoute des disques de Caravan : Richard Coughlan, toujours net, carré, métronomique, avec le petit break qui va bien quand il faut et Richard Sinclair qui danse autour, qui s'amuse, qui fait des claquettes (sur le trottoir à minuit).

Face A : If I Could Do It All Over Again, I'd Do It All Over You / And I Wish I Were Stoned -Don't Worry / As I Feel I Die / With an Ear to the Ground You Can Make It - Martinian - Only Cox - Reprise
Face B : Hello Hello / Asforteri / Can't Be Long Now - Francoise - For Richard - Warlock / Limits

En écoute :
http://grooveshark.com/#!/album/If+I+Could+Do+It+All+Over+Again+I+d+Do+It+All+Over+You/812989

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Peter Mermoz Steinhauser

24 mars 2012

Batman and Robin - The Sensational Guitars of Dan and Dale

A la question : quel fut le jazzman le plus déglingué du bulbe de l'histoire de la musique ? La réponse vous saute au visage...sans réfléchir...spontanément...C'est Sun Ra !
Sun Ra et son Arkestra...Sun Ra et Saturn...Sun Ra et sa philosophie cosmique...Sun Ra et ses costumes faisant passer Miles Davis et Jimi Hendrix pour des mecs coincés du cul !

Mais connaissiez-vous The Sensational Guitars of Dan and Dale ? Car derrière ce nom de groupe à rallonge se cachait ni plus ni moins l'inénarrable Sun Ra, accompagné du Blues Project, l'un des tous premiers groupes psychés.

Cette rencontre ne pouvait décemment donner quelque chose de prévisible...Mais un album complet sur l'univers de...Batman et Robin ?? Par les couilles pleines de Jupiter, quelle pouvait bien être la motivation d'un jazzman qui venait de sortir des disques nommés « Cosmic Tones for Mental Therapy » ou « The Nubians of Plutonia » ?

Me cherche pas mec...J'suis un fou dans ma tête !

N'y pensons pas davantage, chercher à sonder l'esprit de Sun Ra n'est pas recommandable pour la santé. Laissons tomber le bras de la platine sur les sillons du vinyle et fermons les yeux.
Holy shit ! Mais...ce disque sur l'univers de Batman est une bombe !
Respectueux de l'univers délicieusement barré de la série des sixties, cet album est une merveille pour dandiner son popotin sous les assauts guitaristiques d'un « groupe » qui porte assurément bien son nom.

A la limite de la surf music sur The Riddler's Retreat, du RnB survitaminé avec Robin's Theme, des airs qui vous feront siffloter pendant des journées entières comme dans Batman's Batmorang, du blues à l'orgue Hammond qui fait taper de la semelle sur The Bat Cave, sans oublier le fameux thème de Batman......Tout est là, ce disque plein comme un œuf deviendra instantanément celui que vous utiliserez pour relancer une soirée qui s'encroûte !

Le Blues Project...pas la clientèle habituelle de Sun Ra !

Sun Ra a ainsi eu la riche idée de mettre de côté ses délires cosmiques le temps d'accompagner le Blues Project dans une tonalité psyché cuivrée en diable, livrant des titres ne dépassant guère les 2 minutes 30, complètement à part dans sa discographie pléthorique. Grâce lui soit rendue !

Saturn ! Guide moi jusqu'à Batman !

Ce disque fut réédité l'année dernière en vinyle. Il va de soi que son acquisition est à ranger parmi les besoins primaires d'un être humain possédant des oreilles.


Rick

Tracklisting :
1. Batman Theme
2. Batman's Batmorang
3. Batman and Robin Over the Roofs
4. The Penguin Chase
5. Flight of the Batman
6. Joker Is Wild
7. Robin's Theme
8. Penguin's Umbrella
9. Batman and Robin Swing
10. Batmobile Wheels
11. The Riddler's Retreat
12. The Bat Cave


En écoute ici :
http://grooveshark.com/#!/album/Batman+and+Robin+The+Sensational+Guitars+Of+Dick+and+Dale/5093462

Vidéos :