3 juillet 2013

Saga Caravan - If I Could Do It ... (1968-72) (1/2)

Groupe emblématique du Canterbury sound, Caravan est issu de la matrice originelle, les Wilde (avec un e comme dans Oscar) Flowers, combo de rythm'n blues approximatif emmené par les frères Brian et Hugh Hopper entre 1963 et 1967. Les Wilde Flowers ont aggloméré, à des périodes et pour des durées diverses, les garçons qui devinrent ensuite Soft Machine et Caravan.
Caravan n'a pas eu un succès colossidérable en son temps. Trop sage pour les freaks, trop aventureux pour les poppeux, pas assez glamour pour les glamoureux … , un peu de tout ça sans doute. En tous cas, on a rarement fait musique aussi british, au sens cup of tea du terme, que les petits gars, half-babas half-chaps, de Caravan.
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1968 – self titled
« Soft Machines, Heart Club Bands and all are welcome here with me » (Pye Hastings, Magic man)
Ces mots là sont révélateurs de ce que veut réaliser Pye Hastings  : mêler l'extravagance de la Machine Molle avec l'évidence mélodique des Fab Four. Il y parvient et cela s'appelle Caravan. Et ce n'est pas mollasson.
Mais, bien monter une mayonnaise à la fourchette, ça demande un tour de main. Il faut souvent s'y reprendre à deux fois pour atteindre la perfection. Ainsi, le 1er album homonyme de Caravan est-il tenu par certains comme aussi essentiel que le sont Piper at the gates of dawn pour Pink Floyd ou le Volume 1 pour Soft Machine.
Certes.
Soit.
Bon.
Mais faut pas pousser Mémère dans les orties, quand même. Le 1er Caravan est un album plein de qualités, de bonnes idées, mais ce n'est pas l'équivalent de ces deux là. Si l'on veut vraiment chercher une analogie, il faudrait mettre ce disque sur le même plan que Jet propelled photographs (le Soft Machine vol. 0 en quelque sorte), une ébauche intéressante, une esquisse prometteuse du meilleur à venir.
Caravan se cherche encore et sa pop psychédélique fait souvent songer au Soft Machine des débuts ("Place of my own", "Policeman", "Magic Man") d'autant que les solos sont joués par l'orgue de David Sinclair, alors que la guitare de Pye Hastings reste très discrète. Par ailleurs, la complémentarité des voix de Pye Hastings, plutôt haut perchée, et de Richard Sinclair, bien plus crooneuse, fait inévitablement penser au couple Wyatt-Ayers.
Au jeu des ressemblances, "Grandma's Lawn" évoque clairement les Nice alors que "Cecil Rons", sombre et théâtral, fait penser au premier Floyd
Deux titres cependant ne ressemblent à rien d'autre qu'à … Caravan. Sur "Ride", la voix éthérée de Pye Hastings, suspendue en apesanteur au dessus de quelques notes de guitare, annonce les réussites du second album. Sur "Love song with flute", les lecteurs perspicaces auront deviné qu'on peut entendre, pour la première fois, la flute virevoltante de Jimmy Hastings, frère aîné de Pye.

Face A : Place of My Own / Ride / Policeman / Love Song with Flute / Cecil Rons
Face B : Magic Man / Grandma's Lawn / Where But for Caravan Would I?

En écoute :
http://grooveshark.com/#!/album/Caravan/4015060

Vidéos :



1970 - If I could do it all over again, I'd do it all over you
« I've got all that I need
And I'm singing my song to the sky » (Pye Hastings, Dont worry)
Ils sont comme ça chez Caravan, ils font le meilleur album du monde et ils chantonnent, les doigts de pied en bouquet de violettes, au lieu de s'occuper de gérer leur carrière. Parce que vous aurez compris que If I Could Do It All Over Again, I'd Do It All Over You est le meilleur album du monde. A moins que ce ne soit le suivant, In the land of grey and pink. Alors, Rubber soul ou Revolver ? Dom Juan ou Les Noces ? Pawn Hearts ou Still Life ? N'ergotons pas en vain, il les faut tous. Même si je préfère If I Could Do It All Over Again, I'd Do It All Over You à In the land of grey and pink.
Nettement.
Quoique.
En fait, ça dépend.
Celui que je préfère, en réalité, c'est toujours celui que je suis en train d'écouter.
If I Could Do It All Over Again, I'd Do It All Over You sort trois mois après Third de Soft Machine et il est bien clair désormais que les deux groupes n'ont plus grand chose en commun. Quand Soft Machine s'engage dans un jazz avant-gardiste en coupant le sifflet à Robert Wyatt pour laisser parler le saxophone coltranien d'Elton Dean, Caravan produit un chef d'oeuvre de pop aux mélodies lumineuses, aux harmonies vocales séraphiques.
Pye Hastings est, dans cet album, le principal compositeur du groupe. Sa voix frêle est pour beaucoup dans la légèreté de Caravan. "As I feel I die" est éclairant à cet égard, Pye installe au début du morceau une ambiance atmosphérique et liquide à la fois, instable et fragile, redoutablement vertigineuse pour le consommateur moyen de diéthylamide d'acide lysergique. "Can't be long now" est construit sur le même modèle : orgue, voix, trilles de flute. Ça plane sévère.
Et puis, il y a les solos … Il y en a beaucoup (mais pas assez), ils durent longtemps (mais pas assez). Pop-jazz, alors ?
Bien sûr qu'il y a du jazz dans cette pop là, mais, comme dans le meilleur jazz, cela ne tourne jamais à la sèche démonstration de virtuosité, à la prouesse technique, telle qu'on peut l'entendre dans le prog pompier de Voussavéki. Il n'y a pas de capes en lamé chez Caravan. Dave Sinclair à l'orgue, « Brother Jim » au sax et à la flute, ne sont pas bavards, ils sont loquaces. Nuance. Ils ont des tas de choses à dire et les disent avec élégance. Et avec un tel sens de la mélodie que tout passe comme une lettre à la poste, avec une fluidité parfaite.
Enfin, il y a Richard Sinclair, un régal de bassiste, au jeu inventif, agile et ultra dynamique qui propulse toute la machine vers l'avant. La rythmique est, on ne le dit pas assez, essentielle au plaisir que procure l'écoute des disques de Caravan : Richard Coughlan, toujours net, carré, métronomique, avec le petit break qui va bien quand il faut et Richard Sinclair qui danse autour, qui s'amuse, qui fait des claquettes (sur le trottoir à minuit).

Face A : If I Could Do It All Over Again, I'd Do It All Over You / And I Wish I Were Stoned -Don't Worry / As I Feel I Die / With an Ear to the Ground You Can Make It - Martinian - Only Cox - Reprise
Face B : Hello Hello / Asforteri / Can't Be Long Now - Francoise - For Richard - Warlock / Limits

En écoute :
http://grooveshark.com/#!/album/If+I+Could+Do+It+All+Over+Again+I+d+Do+It+All+Over+You/812989

Vidéos :


Peter Mermoz Steinhauser

1 commentaire:

  1. MC5 m'a tuer3 juillet 2013 à 22:57

    Superbe !!! Me donne envie de tout acheter, tiens... (mais HEUREUSEMENT, j'ai les compils de tonton Peter, MOI - oui je me la pète grave)

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