26 juin 2016

King Gizzard & The Lizard Wizard - I'm In Your Mind Fuzz (2014), Paper Mâché Dream Balloon (2015) et Nonagon Infinity (2016)

Si le rythme de parution sur le blog est devenu quelque peu erratique, on passe encore pas mal de temps à écouter les nouveautés, à défaut de prendre le temps de vous faire partager nos découvertes. Histoire de rattraper quelque peu le temps perdu, nous allons aujourd'hui évoquer le cas King Gizzard & The Lizard Wizard. Un groupe dont on ne se lasse pas depuis des mois d'écouter la discographie, du moins récente (vous allez comprendre pourquoi "récente" dans quelques secondes lecteurs impatients !).
Le groupe se forme à Melbourne en Australie en 2011 et sort son premier album, 12 Bar Bruise en 2012, point de départ d'une discographie pléthorique qui compte à ce jour pas moins de sept albums et un EP !

Il faudra néanmoins attendre la sortie en 2014 sur Castle Face de I'm in Your Mind Fuzz pour que le groupe parvienne jusqu'à nos oreilles. Difficile donc pour nous de nous faire une idée du potentiel déployé sur 12 Bar Bruise, Eyes Like the Sky (2013), Float Along, Fill Your Lungs (2013) ou même Oddments (2014). Grâce en soi donc rendu au label de John Dwyer de nous avoir fait découvrir cet extraordinaire groupe.
King Gizzard & The Lizard Wizard est sans doute la plus belle surprise qui nous a été donnée d'entendre depuis longtemps et I'm in Your Mind Fuzz est une excellente porte d'entrée pour découvrir l'univers du groupe. Un univers où s'enchevêtre rock psyché fin sixties, space rock et kraut dans un mélange à la fois détonnant et hypnotique.
Sur cet album le groupe délivre une vraie leçon de rock and roll et tient la dragée haute avec le meilleur des Oh Sees (pas une surprise si ce disque est sorti chez Castle Face donc).
Les quatre premiers titres s'enchaînent sans temps mort constituant une seule et même pièce qui ravit et laisse exsangue "I’m In Your Mind" / "I’m Not In Your Mind" / "Cellophane" / "I’m In Your Mind Fuzz", c'est du miel pour les oreilles. Rarement on aura été aussi retourné à l'écoute d'un début d'album. Des titres servis par des musiciens impeccables, la palme au bassiste qui tire merveilleusement son épingle du jeu, donnant le la de chaque morceau.
Le hic c'est que ces titres sont d'un tel niveau que l'on a tendance à considérer, lors des premières écoutes, qu'il s'agit d'un disque bancal, qui après un début époustouflant à tendance à s'essouffler. Cela n'est pas complètement faux mais aussi un peu injuste.

"Empty" qui les rapproche de l’œuvre d'un Tame Impala, "Hot Water", réhaussé d'une flûte, qui rappelle les grandes œuvres du krautrock ou l'excellente "Am I In Heaven?" sont d'un très bon niveau également.
S'il on devait émettre une quelconque réserve on la porterait sur les trois derniers titres moins essentiels ("Slow Jam I" ; "Satan Speeds Up" et "Her And I"), qui par leur côté bucolique, tranchent un peu trop avec la tonalité du reste de l'album.

Tracklist : I’m In Your Mind / I’m Not In Your Mind / Cellophane / I’m In Your Mind Fuzz / Empty / Hot Water / Am I In Heaven / Slow Jam 1 / Satan Speeds Up / Her And I (Slow Jam 2)


Dans la foulée de ce disque remarquable, les King Gizzard & The Lizard Wizard ont sorti un EP, Quarters!, un peu curieux, qui nous a quelque peu désarçonné. Quatre titres d'une durée égale de 10'10, quatre jams space-rock, assez vaines, et surtout  assez loin du niveau de I’m In Your Mind Fuzz dont on croirait par instant entendre les ébauches.

Pas à un contre-pied près, et alors qu'après la déception de Quarters! on attendait plutôt un disque en forme de retour aux sources, le groupe propose avec Paper Mâché Dream Ballon... un disque de pop acoustique ! Et le moins que l'on puisse dire c'est que cet album est plutôt réussi.
"Sense" qui ouvre le disque un peu chichement avec sa clarinette dégoulinante colle un peu aux doigts, mais démontre la capacité du groupe à œuvrer à la limite du bon goût. Heureusement la suite est d'un tout autre niveau, et Stu Mackenzie et ses six compères s'y entendent pour offrir une sunshine pop bluffante : "Bone" est le genre de titre qui une fois entendu reste en tête, impossible de s'en détacher, "Dirt" à ce petit truc qui la rend immédiatement attachante ...
Alors certes il faut aimer la guimauve, les guitares un peu chiche, la flûte (omniprésente) et les voix de fausset, autant de prérequis nécessaire pour s'enfiler ce disque étonnant.
Mais avec un peu d'effort, difficile de ne pas aimer des titres comme "Paper Mâché Dream Balloon" qui à la saveur des obscurs disques californiens sixties, "Cold Cadaver", "Time=Fate" ou "Time=$$$" qui vaut bien un Foxygen non ?
Alors comme on a affaire à d'authentiques cinglés, on trouve ça et là quelques titres cintrés qui ont le mérite d'éviter à l'auditeur de tomber dans une certaine torpeur : l'incongrue "Trapdoor", l'excellente "The Bitter Boogie" qui sonne comme une relecture d'un titre de Canned Heat ou "N.G.R.I.".
Même si on préfère le groupe quand il envoie du steak, les entendre déclamer leur pop folk pastoral fait beaucoup de bien.

Tracklist : Sense / Bone / Dirt / Paper Maché Dream Balloon / Trapdoor / Cold Cadaver / The Bitter Boogie / N.G.R.I. (Bloodstain) / Time = Fate / Time = $$$ / Most of What I Like / Paper Maché


Quelques mois après la sortie de Paper Mâché Dream Balloon, le groupe propose un nouvel album. Si le stackhanovisme du groupe est patent, ce Nonagon Infinity n'est pas vraiment la suite de leurs aventures discographiques puisqu'il a été enregistré avant, et constitue à ce titre, en écartant Quarters!, la vraie suite de I'm in Your Mind Fuzz.
Et le moins que l'on puisse dire c'est que l'on est gâté. C'est simple le groupe propose la même recette que sur I'm in Your Mind Fuzz en mieux. Chaque fin de morceau s'enchevêtre dans le début de la suivante donnant l'impression de n'avoir affaire qu'à une longue jam. Le dernier morceau reprenant le début du premier incitant donc à écouter ce Nonagon Infinity en boucle.
Plus lourd que I'm in Your Mind Fuzz, avec par moments une rythmique qui tire vers le stoner, Nonagon Infinity est une franche réussite, gommant les quelques défauts du groupe. Rarement on aura entendu un disque d'une telle intensité et d'une telle richesse, le groupe relançant la machine à de multiples occasions parfois plusieurs fois au sein d'un même titre, avec une frénésie qui laisse exsangue après quarante minutes d'écoute.
Résultat, difficile de ressortir un titre plutôt qu'un autre, Nonagon Infinity, se concevant comme un tout. On citera néanmoins "Robot Stop" qui met sur orbite l'album d'entrée de jeu, "Gamma Knife" pour la variation qu'il apporte à l'ensemble, "Mr Beat" pour son côté hypnotique tranchant avec la décharge "Evil Death Roll" qui lui succède ou encore "Road Train" sorte d'Overkill à la sauce King Gizzard.
Avec Nonagon Infinity, King Gizzard & The Lizard Wizard frappe un grand coup, avec un album en tout point excellent, le summum de leur discographie (du moins pour ce que l'on en a entendu).
Un disque qui a tout d'un classique en devenir.

Tracklist : Robot Stop / Big Fig Wasp / Gamma Knife / People-Vultures / Mr. Beat / Evil Death Roll  / Invisible Face / Wah Wah / Road Train 


En trois albums, King Gizzard & The Lizard Wizard s'impose comme l'un des groupes le plus enthousiasmant du moment. On espère avoir l'occasion de les découvrir sur scène, là où ils doivent pouvoir exprimer au mieux tout leur potentiel.
En attendant on va tenter de creuser plus avant le début de leur discographie.

Frank


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