5 octobre 2013

Hatfield & The North : le son de Canterbury



Hatfield & the North : Choosing notes to see if they make friends (Pip Pyle, Licks for the Ladies)
Si ça c'est pas du condensé de Canterbury, je veux bien être pendu par les cheveux : une bonne dose d'essence de Caravan (Richard Sinclair), une cuillerée à soupe de Matching Mole (Phil Miller) et une pincée de Gong (Pip Pyle) et, shake it baby shake, ça donne Hatfield & the North. Le groupe doit son nom à la 1ere sortie d'autoroute au nord de Londres comme on le peut voir sur la couverture du 1er numéro de l'excellent fanzine Atem sorti en décembre 1975. Il faudra quelque temps pour trouver le clavier qui convient : après Steve Miller puis David Sinclair, c'est Dave Stewart (ex-Egg) qui rejoint le groupe en 1973. Il reste cependant un témoignage du groupe enregistré fin 1972 avec David Sinclair à l'orgue et, surtout, Robert Wyatt pour deux titres (God song et Fol de Rol) et une impro en babil avec un contrechant de Richard, à partir de 4' (For Robert) . C'est un charcumontage de 6 minutes (shunté n'importe comment) mais on en retrouve l’intégrale de 19' sur le bootleg Canterbury Anthology vol 12.

Hatfield & the North with Robert Wyatt, Rockenstock, December 72

Self titled : Drinking tea in the sea (Pip Pyle, Licks for the Ladies)
Le 1er album officiel sort en 1974. Toutes les compos de Richard Sinclair et de Phil Miller sont des réussites . Le chant de Richard atteint des sommets d'élégance dans les trois titres qu'il enchaîne sur la seconde face (Licks for the Ladies, Bossa Nochance et Big Jobs n°2 - by Poo Poo and the Wee Wees). Il pratique aussi le chant sans paroles, seul dans Aigrette, et en duo avec Robert Wyatt dans le magnifique Calyx. Ces deux chansons étant signées par Miller. Dans le délicat Fol de Rol, Richard se fend d'un solo de basse d'une subtilité sidérante. On peut émettre quelques réserves sur les titres largement instrumentaux signés Pip Pyle (Shaving is boring) et Dave Stewart, pour leur leur côté prog. Mais Son of « There's no place like Homerton » tire son épingle du jeu grâce à l'intervention du sax de Geoff Leigh, qui apporte une guillerette touche Henry Cow première époque, et à celle des gracieux choeurs féminins des « Wonderful Northettes » que l'on retrouve également dans Lobster in a cleavage probe du même Stewart. Au final, un album plein de charme malgré ses quelques scories.

Face A : "The Stubbs Effect" (Pyle) / "Big Jobs (Poo Poo Extract)" (Sinclair/Pyle) / "Going Up To People and Tinkling" (Stewart) / "Calyx" (Miller) / "Son of 'There's No Place Like Homerton'" (Stewart) / "Aigrette" (Miller) / "Rifferama" (Sinclair arr. Hatfield and the North)
Face B : "Fol de Rol" (Sinclair/Wyatt) / "Shaving Is Boring" (Pyle) / "Licks for the Ladies" (Sinclair/Pyle) / "Bossa Nochance" (Sinclair) / "Big Jobs No. 2 (By Poo and the Wee Wees)" (Sinclair/Pyle) / "Lobster in Cleavage Probe" (Stewart) / "Gigantic Land Crabs in Earth Takeover Bid" (Stewart) / "The Other Stubbs Effect" (Pyle)


(http://grooveshark.com/#!/album/Hatfield+And+The+North/7505270)

Calyx

The Rotter's club : Please do not take it seriously really, what a joke! (Pip Pyle, Share it)
Le jeune Philip du bouquin de Jonathan Coe est un fou de Hatfield & the North, c'est pourquoi l'auteur donne à son roman le même titre (en français, Bienvenue au club) que celui du second album du groupe.
Le disque démarre sur le poppy et fringant Share it, une compo de Sinclair très caravanienne sur des paroles de Pip Pyle (Laughing and drinking, dancing, grooving, stoned again
 / Falling over singing, hoping that you'll share it) également enjouées. Même le solo de Mini Moog de Stewart, pourtant assez daté, s'accorde à l'ambiance joyeuse de la chanson. S'ensuit, un thème jazzy plutôt fin, caractéristique de Phil Miller, qui n'est pas sans évoquer un certain petit disque rouge (Lounging there Triying). Après deux micro-interludes, (Big) John Wayne socks psychology on the jaw et Chaos at the greasy spoon, où Richard s'essaie à la fuzz bass additionnée de wah-wah (!), la première face continue par deux plus conséquentes compos de Pip Pyle. The Yes/No Interlude est un instrumental avec une section de vents formée de Brother Jim au saxo, de Tim Hodgkinson à la clarinette et de Lindsay Cooper au basson. Ces deux derniers, membres de Henry Cow, donnent à ce titre une coloration semblable à celle du Son of « There's no place like Homerton » du 1er album. Mais la meilleure des deux est encore Fitter Sroke has a bath, chantée par Richard, avec beaucoup d'application dans cette video :

Fitter Stroke has a bath 

Enfin, la face se termine tout en douceur avec le délicieux Didn't matter anyway, sur lequel papillonne la flûte de Jimmy Hastings.
L'essentiel de la seconde face est occupé par une longue suite de Dave Stewart, Mumps. La partie centrale, Lumps, rappelle les meilleures heures de Caravan. Le vocaux de Richard s'y mêlent à l'orgue de Stewart, qui évoque clairement le Dave Sinclair de Nine feet underground. A cela viennent s'ajouter les éléments plus spécifiques à Hatfield que sont le jeu de guitare de Miller, souvent clair, jazzy et délicat, parfois fuzz, et les choeurs des Northettes.

Face A : "Share It" (Sinclair/Pyle) / "Lounging There Trying" (Miller) / "(Big) John Wayne Socks Psychology on the Jaw" (Stewart) / "Chaos at the Greasy Spoon" (Sinclair/Pyle) / "The Yes No Interlude" (Pyle) / "Fitter Stoke Has a Bath" (Pyle) / "Didn't Matter Anyway" (Sinclair)
Face B : "Underdub" (Miller) / "Mumps" (Stewart)

(http://grooveshark.com/#!/album/The+Rotters+Club/2419704)

On peut juger tout cela assez peu rock'n roll, un peu trop maniéré-cup of tea-petit doigt en l'air, mais, derrière la complexité de l'écriture, la modestie et la fraîcheur de l'ensemble font de Hatfield & the North un des groupes les plus attachants de la scène de Canterbury. C'est, à l'évidence, l'élégance supérieure de Richard Sinclair, qui procure au groupe une grande part de ces qualités.

Laissons la conclusion à feu Sa Sainteté Hugh Hopper 1er, pape de la fuzz bass et protohigoumène de Canterbury qui déclarait à propos de H & the N : « Je pense que la musique qu'ils ont créée est l'une des plus fortes de ces dernières années. Richard Sinclair est mon bassiste préféré en Angleterre. » (Atem n°8, février 1977).

Peter Mermoz Steinhauser

19 août 2013

Matching Mole, c'est le taupe (2/2)


Matching Mole : Let's go into the vif of the subject



Le premier MM, self titled, sort en avril 1972 chez CBS.
O Caroline est une délicieuse pop song dont la musique est de David Sinclair, du Canterbury pur jus nappé de mellotron fluté. Une chanson d'amour (I love you still Caroliiiiiiine) peut-être adressée à Caroline Coon, journaliste, artiste en tous genres et future égérie des Clash. On s'en fout un peu, mais ça fait une très jolie chanson.
Le second titre s'appelle Instant Pussy, c'est une reprise de To Carla, Marsha and Caroline (For Making Everything Beautifuller) déjà présent sur The End of an Ear. Le riff est joué par la basse délicate de McCormick et là dessus, Robert improvise ce qui est un sommet du babil wyattien dont nous causions ci-avant, tout en brodant de la dentelle avec ses fûts. Une merveille.
Sur une mélodie de piano toute simple, Wyatt chante « normalement » les paroles de Signed Curtain. En matière de simplicité, les paroles se posent là aussi, d'ailleurs :
« This is the first verse
(X4)
 / And this is the chorus
 / Or perhaps it's a bridge
 / Or just another part
of the song that I'm singing »

Ensuite, ça change de cuisine avec une compo de Phil Miller, Part of the dance. On entre dans une musique que l'on pourrait qualifier de … grrmmpphhh... free form jazz-rock. Il me semble que Robert veut réaliser en Angleterre, ce qu'a fait aux Etats-Unis le Tony Williams Lifetime avec l'album Turn it over.


Une musique très partiellement écrite qui laisse une grande place à l'impro collective (et pas à l'impro chacun son tour). Encore une fois, ça fonctionne, mais on peut concevoir que cela puisse rebuter des oreilles habituées à des structures plus géométriques. La seconde face est, grosso modo, de la même eau que ce Part of the Dance, même si toutes les compos sont signées Wyatt.
Ce premier Matching Mole n'a donc guère de cohérence (et alors?), mais avec ses trois premiers titres, on a onze minutes de grâce absolue qui suffisent à faire de cet album un grand disque.


Tracklisting : "O Caroline" (Sinclair/Wyatt) / "Instant Pussy" (Wyatt) / "Signed Curtain" (Wyatt) / "Part of the Dance" (Miller) / "Instant Kitten" (Wyatt) / "Dedicated to Hugh, But You Weren't Listening" (Wyatt) / "Beer as in Braindeer" (Wyatt) / "Immediate Curtain" (Wyatt)
 L'album en intégralité :


Le petit disque rouge (1972)
Détournement d'une affiche chinoise appelant les ouvriers, les paysans et les soldats de la vaillante armée populaire à reprendre l'île de Taïwan tombée aux mains de la vermine capitaliste, la pochette montre que Dave McRae a remplacé David Sinclair, rentré dans le giron d'un Caravan aux mains de Pye Hastings dans lequel il ne brillera plus guère. Au dos, la pochette présente les musiciens classés par ordre de longueur de barbe, elle indique que Robert Fripp est le producteur de l'album et que Eno est « this summer's guest star ». Ces deux messieurs collaborant par ailleurs à l'enregistrement de leur album No Pussyfooting. Wyatt ne signe aucune des compositions, à l'exception des lyrics. La plupart des titres relèvent d'une sorte de jazz rock, plus écrit que dans le premier album, mais sans rien de froid (on n'est pas chez le Mahavishnu Orchestra) ou de technicisant. On y retrouve à tout instant la légèreté, la finesse et la modestie caractéristiques du « Canterbury sound ». La spontanéité de l'ensemble est largement due au jeu de batterie foisonnant de Wyatt sur l'ensemble du disque. La voix est présente sur la majorité des titres, notamment le surprenant Starting in the middle of the day we can drink our politics away (c'est à la fois le titre et la totalité des lyrics) et le remarquable Nan True's Hole de Phil Miller.


Mais l'une des perles de cet album est une magnifique chanson du même Miller, God song, chantée par Robert sur un simple accompagnement de guitare acoustique et de basse. C'est un sommet du chant « classique » de Robert. Les ceusses qui affectionnent Rock Bottom ne peuvent pas ne pas adorer cette chanson.

Les compagnons de Robert sont, eux aussi, brillants sur tout le disque. Phil Miller est un guitariste inspiré et original. Bill McCormick, à qui le jeu de batterie très libre de Wyatt convient parfaitement, fait un solo de fuzz bass hopperien (c'est un grand compliment) dans Marchides et un autre, tout en finesse dans Brandy as in Benj. Dave McRae, beaucoup plus pianiste qu'organiste, est d'une subtilité souveraine.
En live, le groupe est beaucoup plus aventureux, comme en témoigne cet enregistrement réalisé pour l'émission de Pierre Lattes en 1972.

Ce petit disque rouge apparaît finalement plus homogène que son prédécesseur, on peut penser que Fripp a cherché à resserrer les boulons, à densifier le son du groupe et a freiner les dérives free de Robert...
Tracklisting : "Starting In The Middle Of The Day We Can Drink Our Politics Away" (MacRae/Wyatt) / "Marchides" (MacRae) / "Nan True's Hole" (Miller) / "Righteous Rhumba" (aka "Lything And Gracing") (Miller) / "Brandy As In Benji" (MacRae) / "Gloria Gloom" (MacCormick/Wyatt) / "God Song" (Miller/Wyatt) / "Flora Fidgit" (MacCormick) / "Smoke Signal" (MacRae)

Matching Mole se sépare à la fin de l'année 1972, peu après la sortie de cet opus. Wyatt a le projet de rebâtir le groupe avec MacCormick, le clavieriste Francis Monkman et le saxophoniste Gary Windo.
Mais, le 1er juin 1973, Robert Wyatt se rend à la fête donnée chez Lady June (je ne sais pas si on voyait bien la lune cette nuit-là) pour le quarantième anniversaire de Gilli Smyth.
Il choit.

Peter Mermoz Steinhauser

 L'affiche qui fut détournée

2 août 2013

Matching Mole, c'est le taupe - Intro (1/2)


Prolégomènes : La fin d'une ère (et d'une oreille, par la même occasion)


Third (1970)
Pour comprendre les origines du commencement, il est sage de débuter par les prémisses du point de départ. Les aficionados du comput savent qu'après deux, il y a trois. Autrement dit qu'après Soft Machine Vol. 2, il y a Third. Et que dans deux des quatre faces de Third, Soft Machine joue du jazz. J'ai bien dit : du jazz. Pas du jazz-rock, non, non. Pas du free jazz, non, non. Un brit-jazz moderne et parfaitement accessible, qui prolonge les tentatives menées dans Esther's nose job, la seconde face du Vol.2. Le groupe tournera ensuite avec quatre souffleurs (Nick Evans au trombone, Mark Charig au cornet, Lyn Dobson au sax et à la flute, Elton Dean au sax). Les connexions entre les musiciens de Canterbury et le milieu du jazz britannique sont étroites, tous ces musiciens se retrouvent aussi bien chez Soft Machine que dans les les projets de Keith Tippett (Keith Tippett Group, Centipede) et même chez King Crimson (Lizard, Islands). La quatrième face de Third (Out-Bloody-Rageous) et surtout la deuxième (Slightly all the time) sont somptueuses bien que médiocrement enregistrées, cette dernière étant illuminée par un solo de sax stratosphérique d'Elton Dean sur un très beau thème de Ratledge (Backwards). La première face comporte un thème alambiqué de Hopper (Facelift) enregistré live et passablement inaudible (il y a de meilleures versions sur les BBC recordings).
La face essentielle de Third, c'est donc la … troisième. Elle est signée de Wyatt, qui chante et joue de tous les instruments sur la première moitié de ce Moon in June, un assemblage de chansons dont certaines étaient déjà présentes sur Jet Propelled photographs (That's How Much I Need You Now et You don't remember). Dans la seconde moitié, l'énorme bass fuzz de Hopper et l'orgue au son de serpent de Ratledge déboulent pour un passage instrumental émaillé de vocalises wyattiennes. Enfin, le morceau se termine par une longue plainte mi-nimaliste mi-chantée par Robert et le violon de Rab Stall. Difficile d'en parler mieux que dans cette chronique de Third dans R&F par Melmoth (Dashiell Hedayat) .
Au regard de l'ensemble de l'album, Moon in June apparaît bien comme un demi album solo de Wyatt à l'intérieur d'un disque de Soft Machine devenu un quartet de jazz instrumental. Visiblement, les autres membres du groupe ne veulent plus de la voix de Robert (« Je n'aimais pas le chant de Robert, de toute façon. Il y a très peu de chanteurs que j'aime. » Hugh Hopper, Best n° 54).
Glups.
Face A : "Facelift" (Hugh Hopper)
Face B : "Slightly All the Time" (Mike Ratledge) -  Including: "Noisette" (Hopper), "Backwards" (Ratledge) and "Noisette Reprise" (Hopper)
Face C : "Moon in June" (Robert Wyatt)
Face D : "Out-Bloody-Rageous" (Ratledge)

En écoute ici :
http://grooveshark.com/#!/album/Third/429322




The End Of An Ear (1970)
Third a été enregistré au début de 1970. En août de la même année, Wyatt, « out-of-work pop singer, currently on drums with Soft Machine» dit la pochette, sort son premier album solo, The End of an Ear. La pièce maîtresse en est la reprise en deux parties d'une composition de Gil Evans, Las Vegas Tango. Robert y mène l'expérimentation beaucoup plus loin que dans Moon in June. Il y joue du piano acoustique, du piano électrique et de la batterie. Mais surtout, il pousse à son paroxysme ce que l'on ne peut appeler autrement que le babil wyattien : des vocalises haut perchées, souvent relayées par la chambre d'écho et le re-recording. Sur la pochette, il est crédité de « drums, mouth, piano, organ » : pas de paroles, la bouche est un instrument qui produit des sons, des onomatopées, des bruits ! C'est expérimental, oui, avant-gardiste, certainement et aventureux, n'en doutons pas … mais ça fonctionne ! Ça part dans tous les sens mais ça reste fluide et naturel, toujours spontané et sincère.
Face A : "Las Vegas Tango Part 1 (Repeat)" (Gil Evans) / "To Mark Everywhere" / "To Saintly Bridget" / "To Oz Alien Daevyd and Gilly" / "To Nick Everyone"
Face B : "To Caravan and Brother Jim" / "To the Old World (Thank You For the Use of Your Body, Goodbye)" / "To Carla, Marsha and Caroline (For Making Everything Beautifuller)" / "Las Vegas Tango Part 1" (Gil Evans)




Fourth (1971)
A la fin de l'année, le groupe sort un autre album, simple cette fois, qui, dans un accès de frénésie créatrice débridée, est intitulé Fourth. Pas une seule compo de Robert à l'horizon, nul embryon de couplet ni ébauche de vocalise. Nada. Que couic. Ceci dit, sur ce disque - de jazz, donc – parfaitement enregistré contrairement à son prédécesseur, le jeu de batterie de Wyatt est parfaitement exceptionnel. Il a souvent proclamé son admiration pour Tony Williams et, mazette, cela s'entend. Après une tournée américaine en juillet 1971, Wyatt quitte le groupe. Alors que les désaccords sur la ligne musicale et sur la place du chant dans le groupe étaient évidents, Wyatt a fréquemment déclaré dans les interviews avoir été viré du groupe et semble en avoir conçu quelque amertume (« En réalité j'ai été viré et l'ai très mal vécu, tout comme mon échec scolaire. Cette éviction a renforcé un manque de confiance en mes capacités. » R&F n°385).
Re-glups.
Face A : "Teeth" (Mike Ratledge) / "Kings and Queens" (Hugh Hopper) / "Fletcher's Blemish" (Elton Dean)
Face B : "Virtually Part 1" (Hopper) / "Virtually Part 2" (Hopper) / "Virtually Part 3" (Hopper) / "Virtually Part 4" (Hopper)

En écoute ici :
http://grooveshark.com/#!/album/Fourth/3741156



En tout état de cause, Robert a désormais le chant libre - :) - il réunit autour de lui l'organiste David Sinclair qui a quitté Caravan pour le rejoindre, le guitariste Phil Miller déjà entendu sur Waterloo Lily et le bassiste Bill McCormick, ancien du groupe de Phil Manzanera, Quiet Sun. En bon dadaïste francophile, Wyatt nomme ce groupe Matching Mole (pas besoin de faire un dessin, uh ?).

Peter Mermoz Steinhauser



3 juillet 2013

Saga Caravan - If I Could Do It ... (1968-72) (1/2)

Groupe emblématique du Canterbury sound, Caravan est issu de la matrice originelle, les Wilde (avec un e comme dans Oscar) Flowers, combo de rythm'n blues approximatif emmené par les frères Brian et Hugh Hopper entre 1963 et 1967. Les Wilde Flowers ont aggloméré, à des périodes et pour des durées diverses, les garçons qui devinrent ensuite Soft Machine et Caravan.
Caravan n'a pas eu un succès colossidérable en son temps. Trop sage pour les freaks, trop aventureux pour les poppeux, pas assez glamour pour les glamoureux … , un peu de tout ça sans doute. En tous cas, on a rarement fait musique aussi british, au sens cup of tea du terme, que les petits gars, half-babas half-chaps, de Caravan.
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1968 – self titled
« Soft Machines, Heart Club Bands and all are welcome here with me » (Pye Hastings, Magic man)
Ces mots là sont révélateurs de ce que veut réaliser Pye Hastings  : mêler l'extravagance de la Machine Molle avec l'évidence mélodique des Fab Four. Il y parvient et cela s'appelle Caravan. Et ce n'est pas mollasson.
Mais, bien monter une mayonnaise à la fourchette, ça demande un tour de main. Il faut souvent s'y reprendre à deux fois pour atteindre la perfection. Ainsi, le 1er album homonyme de Caravan est-il tenu par certains comme aussi essentiel que le sont Piper at the gates of dawn pour Pink Floyd ou le Volume 1 pour Soft Machine.
Certes.
Soit.
Bon.
Mais faut pas pousser Mémère dans les orties, quand même. Le 1er Caravan est un album plein de qualités, de bonnes idées, mais ce n'est pas l'équivalent de ces deux là. Si l'on veut vraiment chercher une analogie, il faudrait mettre ce disque sur le même plan que Jet propelled photographs (le Soft Machine vol. 0 en quelque sorte), une ébauche intéressante, une esquisse prometteuse du meilleur à venir.
Caravan se cherche encore et sa pop psychédélique fait souvent songer au Soft Machine des débuts ("Place of my own", "Policeman", "Magic Man") d'autant que les solos sont joués par l'orgue de David Sinclair, alors que la guitare de Pye Hastings reste très discrète. Par ailleurs, la complémentarité des voix de Pye Hastings, plutôt haut perchée, et de Richard Sinclair, bien plus crooneuse, fait inévitablement penser au couple Wyatt-Ayers.
Au jeu des ressemblances, "Grandma's Lawn" évoque clairement les Nice alors que "Cecil Rons", sombre et théâtral, fait penser au premier Floyd
Deux titres cependant ne ressemblent à rien d'autre qu'à … Caravan. Sur "Ride", la voix éthérée de Pye Hastings, suspendue en apesanteur au dessus de quelques notes de guitare, annonce les réussites du second album. Sur "Love song with flute", les lecteurs perspicaces auront deviné qu'on peut entendre, pour la première fois, la flute virevoltante de Jimmy Hastings, frère aîné de Pye.

Face A : Place of My Own / Ride / Policeman / Love Song with Flute / Cecil Rons
Face B : Magic Man / Grandma's Lawn / Where But for Caravan Would I?

En écoute :
http://grooveshark.com/#!/album/Caravan/4015060

Vidéos :



1970 - If I could do it all over again, I'd do it all over you
« I've got all that I need
And I'm singing my song to the sky » (Pye Hastings, Dont worry)
Ils sont comme ça chez Caravan, ils font le meilleur album du monde et ils chantonnent, les doigts de pied en bouquet de violettes, au lieu de s'occuper de gérer leur carrière. Parce que vous aurez compris que If I Could Do It All Over Again, I'd Do It All Over You est le meilleur album du monde. A moins que ce ne soit le suivant, In the land of grey and pink. Alors, Rubber soul ou Revolver ? Dom Juan ou Les Noces ? Pawn Hearts ou Still Life ? N'ergotons pas en vain, il les faut tous. Même si je préfère If I Could Do It All Over Again, I'd Do It All Over You à In the land of grey and pink.
Nettement.
Quoique.
En fait, ça dépend.
Celui que je préfère, en réalité, c'est toujours celui que je suis en train d'écouter.
If I Could Do It All Over Again, I'd Do It All Over You sort trois mois après Third de Soft Machine et il est bien clair désormais que les deux groupes n'ont plus grand chose en commun. Quand Soft Machine s'engage dans un jazz avant-gardiste en coupant le sifflet à Robert Wyatt pour laisser parler le saxophone coltranien d'Elton Dean, Caravan produit un chef d'oeuvre de pop aux mélodies lumineuses, aux harmonies vocales séraphiques.
Pye Hastings est, dans cet album, le principal compositeur du groupe. Sa voix frêle est pour beaucoup dans la légèreté de Caravan. "As I feel I die" est éclairant à cet égard, Pye installe au début du morceau une ambiance atmosphérique et liquide à la fois, instable et fragile, redoutablement vertigineuse pour le consommateur moyen de diéthylamide d'acide lysergique. "Can't be long now" est construit sur le même modèle : orgue, voix, trilles de flute. Ça plane sévère.
Et puis, il y a les solos … Il y en a beaucoup (mais pas assez), ils durent longtemps (mais pas assez). Pop-jazz, alors ?
Bien sûr qu'il y a du jazz dans cette pop là, mais, comme dans le meilleur jazz, cela ne tourne jamais à la sèche démonstration de virtuosité, à la prouesse technique, telle qu'on peut l'entendre dans le prog pompier de Voussavéki. Il n'y a pas de capes en lamé chez Caravan. Dave Sinclair à l'orgue, « Brother Jim » au sax et à la flute, ne sont pas bavards, ils sont loquaces. Nuance. Ils ont des tas de choses à dire et les disent avec élégance. Et avec un tel sens de la mélodie que tout passe comme une lettre à la poste, avec une fluidité parfaite.
Enfin, il y a Richard Sinclair, un régal de bassiste, au jeu inventif, agile et ultra dynamique qui propulse toute la machine vers l'avant. La rythmique est, on ne le dit pas assez, essentielle au plaisir que procure l'écoute des disques de Caravan : Richard Coughlan, toujours net, carré, métronomique, avec le petit break qui va bien quand il faut et Richard Sinclair qui danse autour, qui s'amuse, qui fait des claquettes (sur le trottoir à minuit).

Face A : If I Could Do It All Over Again, I'd Do It All Over You / And I Wish I Were Stoned -Don't Worry / As I Feel I Die / With an Ear to the Ground You Can Make It - Martinian - Only Cox - Reprise
Face B : Hello Hello / Asforteri / Can't Be Long Now - Francoise - For Richard - Warlock / Limits

En écoute :
http://grooveshark.com/#!/album/If+I+Could+Do+It+All+Over+Again+I+d+Do+It+All+Over+You/812989

Vidéos :


Peter Mermoz Steinhauser