7 février 2011

Cut In The Hill Gang - Mean Black Cat (2010)

Nouveau projet de Johnny Walker (Soledad Brothers), Cut In The Hill Gang avait sorti un des tous meilleurs disques de l'année 2009, l'excellent Hung Up. Il faut dire que le sieur Walker en connaît un bout en rock and roll. Le groupe a quelque peu évolué Brad Meinerding laisse sa place à Reuben Glaser et Lance Kaufman est toujours de la partie.
Mais la surprise, et elle est de taille, est que le groupe accueille en son sein le temps d'un album James Leg plus connu sous le nom de John Wesley Myers organiste et chanteur des démentiels Black Diamond Heavies !
Ajoutez à tout cela un backing band composé d'Eric Campbell au trombone, Ben Walkenhauser et Brian Gilronan aux saxos, Wade Baker à la trompette, et un répertoire composé uniquement de classiques et on est pas loin d'obtenir sur le papier le disque idéal.
Alors que beaucoup de "supergroupes" tournent court (Dead Weather et Them Crooked Vultures récemment), ici la rencontre entre ces musiciens paraissaient naturelle, presque évidente, tant leurs univers respectifs présentaient de similitudes notamment dans ce goût immodéré pour le blues, le rock and roll old school et les reprises décalées (dont les Black Diamond Heavies se sont fait une spécialité en concert et sur disque).
Et ce disque remplit parfaitement son rôle : on prend un pied phénoménal à l'écoute de ces morceaux qui bien que venant d'horizons divers sont sous la houlette de nos compères complètement revisités et ce avec bonheur.
Jack Frost, grand oublié du delta blues et harmoniciste de talent, se voit ainsi offrir une nouvelle jeunesse dans un traitement proche de ce que pouvait offrir les Soledad Brothers ("Don't Ever Leave Your Daddy At Home") tandis que "Help Me" de Lula Collins, The Queen Of Delta Blues, est réarrangé de telle façon qu'il sonne comme du MC5 ! "Please Gimme Something" morceau de rockabilly enregistré par Bill Allen en 1958 fait l'objet d'une relecture que Lux Interior doit apprécié de là où il est.
Mais le meilleur reste à venir. Car la face A se conclue par deux autres pépites : "I Wanna Holler" de Gary US Bonds sur lequel James Leg pose sa voix détruite par les clopes et l'alcool et un medley "Let's Get Funky/Black To Comm" croisant donc Hound Dog Taylor et MC5 ! Ce titre devient un des meilleurs morceaux de garage rock, égalant ce que Leg et Walker ont pu produire dans leurs groupes respectifs !
L'orgue de Leg se marie parfaitement au style de guitare de Walker et l'alternance au chant permet aussi au groupe de varier les plaisirs.
Histoire de reprendre en douceur, la face B débute par "Serves Me Right To Suffer" de John Lee Hooker, où Walker fait tout l'étalage de sa classe et confirme qu'il est aussi à l'aise sur le blues que le rock and roll.
Suivent "Come On Home" de Louis "Blues Boy" Jones et "The Right To Love You" de James Shaw (qui se faisait appelé "The Mighty Hannibal" et dont on trouve sur youtube quelques vidéos avec les Black Lips) qui confirment le talent du groupe. Sur le premier, il aurait été plus simple de reproduire les éructations de Louis Jones, surtout avec James Leg en son sein, le groupe préfère en offrir une relecture plus fine, plaçant la guitare au coeur du morceau. Sur le second, place à une interprétation tout en retenue, réhaussée de cuivres, jouant plus sur l'émotionnel.
Comme pour la face A, le groupe sort l'artillerie lourde en fin de disque avec un nouveau medley "Fuck The People/Revolution" ou comment marier avec bonheur Kills et Spacemen 3 !
Surprenant ? pas tant que ça quand on sait que les Black Diamond Heavies proposaient en live un medley "Search & Destroy/Jumpin' Jack Flash"! Quoiqu'il en soit en dépit des apparences ce medley est une nouvelle réussite exemplaire.
L'album se conclut magnifiquement avec une version plutôt fidèle de "Promise Me" de Jeffrey Lee Pierce regretté leader du Gun Club.

Ce nouvel album du Cut In The Hill Gang est une nouvelle pièce à mettre à l'édifice de Johnny Walker qui continue contre vents et marées de produire des disques d'une qualité irréprochable dans l'anonymat le plus complet.

Frank

(http://www.myspace.com/cutinthehillgang)

Tracklisting : 1. Dont Ever Leave Your Daddy At Home (Frank Frost) 2. Help Me (Traditional/Lula Collins) 3. Please Give Somethin' (Bill Allen) 4. I Wanna Holler (Gary US Bonds) 5. Let's Get Funky/Black To Comm (Hound Dog Taylor/MC5) 6. Serves Me Right To Suffer (Hooker) 7. Come On Home (Louis "Blues Boy" Jones) 8. The Right To Love You (James T Shaw Aka The Mighty Hannibal) 9. Fuck The People/Revolution (Kills/Spacemen 3) 10. Promise Me (Jeffrey Lee Pierce)

pas de vidéos sur youtube, mais l'album est en écoute intégrale sur deezer :
http://www.deezer.com/fr/music/cut-in-the-hill-gang/mean-black-cat-650023

25 novembre 2009

The Soledad Brothers - The Hardest Walk (2006)

On vous a parlé il y a quelque temps du grand retour de Johnny Walker avec son nouveau groupe Cut In The Hill Gang (ici). Il n'est que justice aujourd'hui d'évoquer le chef d'oeuvre de son précédent groupe ce Hardest Walk sorti en 2006.
Formé en 1998, les Soledad Brothers sont composés de Johnny Walker, Benjamin Swank, et Oliver Henry et sont d'authentiques forçats du rock'n roll, vénérant les Stones et le blues. Ce Hardest Walk, quatrième album du groupe, peut d'ailleurs être considéré comme le pendant de Sticky Fingers et Exile On Main Street avec le même mélange de rock péchû, de blues et même de country.
L'album s'ouvre sur deux morceaux d'anthologie, deux morceaux au savant dosage de puissance et de finesse : un "Truth Or Consequences" véritable pépite garage réhaussée de cuivres et "Downtown Paranoia Blues" blues rock impeccable sur lequel la voix pleine de fausse nonchalence de Johnny Walker et le jeu des trois musiciens fait des merveilles (notamment le superbe jeu de basse...).

Le blues lancinant de "Crying Out Loud (Tears Of Joy)" ou la slide de "Crooked Crown" montre un groupe désireux d'élargir son spectre musical ce que confirme ce "Sweet And Easy" à la basse élastique rappelant T-Rex ou le planant "Dark Horse".
L'intermède "White Jazz" (le morceau dure moins d'une minute) proche de ce que faisait les Stooges sur Fun House, tranche avec la pop presque sucrée de "Good Feeling".
Arrivé à ce moment de l'album on est assez enthousiasmé par la multitude d'atmosphères différentes déployées par les Soledad Brothers sans que, pour autant, l'unité du disque soit remise en cause. Au contraire, et assez curieusement, l'enchaînement des pistes se fait assez naturellement.
La fin de l'album réserve d'ailleurs bien des surprises montrant un groupe qui avait encore beaucoup de choses à dire malgré une fin précoce (ce Hardest Walk sera leur chant du cygne...).
Car les Soledad Brothers surprennent avec ce "Let Me Down" à l'ambiance tribale presque vaudoo, porté par un beat répétitif de batterie et un violoncelle discordant. Et que dire de "Mean Ol' Toledo", country déroutant cisaillés de larsens de guitares, de sonorités incongrues (et même des flûtes en arrière plan).
A contrario, "Loup Garou" ramène l'auditeur sur des terrains plus balisés, le groupe y confirmant qu'il fait rimer comme personne garage rock classieux et sens aiguisé de la mélodie.
Malgré la côte élevée dont jouissait les Soledad Brothers et Johnny Walker en particulier au sein de la scène de Detroit, le groupe n'aura pas eu la place qu'il méritait lors du fameux revival des années 2000's...
Pour autant, toute bonne discothèque rock se doit de posséder un exemplaire de ce Hardest Walk, album magistral s'il en est.

Frank

http://www.myspace.com/soledadbrothers

Tracklisting :

1-Truth Or Consequences
2-Downtown Paranoia Blues
3-Crying Out Loud (Tears Of Joy)
4-Crooked Crown
5-Sweet And Easy
6-Dark Horses
7-White Jazz
8-Good Feeling
9-Let Me Down
10-Mean Old Toledo
11-Loup Garou
12-True To Zouzou





quelques vidéos :

29 mars 2009

Cut In The Hill Gang - Hung Up (2009)

Johnny Walker ... Sans doute et bien malheureusement le secret le mieux gardé des Etats-Unis. Chanteur guitariste des fabuleux Soledad Brothers, responsable de 4 albums monumentaux, dont le dernier Hardest Walk sorti en 2006 constitue le chant du cygne, Johnny Walker est sans doute l'un des personnages les plus attachants de l'underground rock américain, apparaissant pour les connaisseurs comme une sorte de Steve Wynn (1) des années 2000.
Pour la petite histoire Jack White (qui produit le premier album des Soledad Brothers bien avant les White Stripes) a appris auprès de Johnny Walker à manier la guitare slide, ce même Johnny Walker joue sur le premier White Stripes et ces derniers reprennent "Goin' Back To Memphis" régulièrement en live (on peut en voir l'expression sur le DVD Under Blackpool Lights)...
Voilà qui devrait poser le personnage et comprendre l'importance et l'impact de ses différents projets.
Alors que l'on pensait que Johnny Walker suite à l'échec des Soledad Brothers s'était quelque peu rangé, le voici qui revient en power trio sous le nom de Cut In The Hill Gang, avec un disque Hung Up sous le bras !
Ce qui est frappant sur cet album c'est que bien que composé de 11 morceaux, ceux-ci s'enchaînent remarquablement les uns aux autres donnant l'impression d'écouter une vaste jam où s'entrechoquent blues, early rock'n roll ("Bird On A Wire"), country, et garage, un peu à l'image de ce qui se faisait souvent dans les années 60's et débuts des années 70's. On pense aux disques de John Mayall ou Paul Butterfield mais aussi à des disques comme le Super Sessions d'Al Kooper/Mike Bloomfield/Steven Stills.
Ce sentiment est renforcé par le talent individuel de chacun des musiciens, que l'on a d'ailleurs eu l'occasion d'apprécier lors d'une prestation magistrale au Point Ephémère (2) en début de semaine. Chaque musicien se tire la bourre et pourtant le disque ne tourne jamais à l'exercice de style. Leur virtuosité est mis au service du collectif ce qui rend chaque morceau tout bonnement indispensable.
Il se dégage de l'album un souffle épique qui va crescendo, la face B nous apparaissant encore meilleure que la face A...
De "Soul Waste" à "Say A Spell", en passant par des monuments comme "Stitch In Time" ou "Johnny's Quixotic Dream", rien que du bon.
Les compositions sont co-signés par les trois membres du groupe à l'exception d'une reprise de "Diddey Wah" de Willie Dixon.

On ne saurait trop conseiller d'acheter ce disque d'un artiste injustement méconnu qui contre vents et marées continue de sortir des disques impeccables sans aucune concession à l'air du temps.

Frank

(1) Steve Wynn, chanteur guitariste des extraordinaires The Dream Syndicate, de Gutterball, du projet country Danny & Dusty et qui tourne toujours à l'heure actuelle avec ses Miracle Three.
(2) ce concert au Point Ephémère s'est déroulé dans la plus stricte intimité... Avec The Jelley Hearts duo féminin punk-blues en première partie. La bande à Johnny Walker fut tout simplement époustouflante bluffant le maigre public présent. Honte aux absents !


(http://www.myspace.com/cutinthehillgang)