23 janvier 2012

David Crosby - If I Could Only Remember My Name (1971)

Crosby Stills Nash & Young. L'association de ces quatre noms suffit à évoquer une autre époque, celle de la fin des sixties, âge d'or pour la scène californienne. Pourtant le groupe fut particulièrement éphémère, deux très bons albums, Crosby Stills & Nash (1969) et Déjà Vu avec Young (1970) et un album live dispensable (4th Way street en 1971) avant une mise en sommeil de six ans et une reformation en 1977 assez inutile.

Mais ce que l'histoire a cru bon d'oublier c'est que derrière ce super groupe (Crosby vient des Byrds, Nash des Hollies et Stills de Buffalo Springfield, excusez du peu), se cache des musiciens de talent qui auront tôt fait de voler de leurs propres ailes et surtout de sortir tour à tour des albums au succès indéniable.
Et parmi ces quatre artistes, le premier album de David Crosby mérite vraiment que l'on s'y attarde, un disque d'une qualité, osons-le, au moins égale à son éphémère groupe..
Les premiers pas solos de l'ex-Byrds ont en effet débouché sur un album essentiel à toute discothèque qui se respecte. Enfin, album solo si l'on considère que Crosby a écrit 6 des 9 morceaux présents sur ce If I Could Only Rember My Name, cosignant les autres (1), car au niveau line-up David Crosby n'a pas fait les choses à moitié s'entourant de la crème des musiciens West Coast de l'époque : sous la houlette de Stephen Barncard, on retrouve pêle mêle, des membres du Jefferson Airplane (Grace Slick, Paul Kantner, Jack Casady et Jorma Kaukonen), de Grateful Dead (Jerry Garcia, Phil Lesh, Bill Kreutzmann et Mickey Hart), Greg Rollie et Michael Shrieve qui officient chez Santana, David Freiberg de Quicksilver Messenger Service et Joni Mitchell. Festivités auxquelles sont également conviés les compères Neil Young et Graham Nash.
Un album de famille en quelque sorte.

Crosby propose de purs moments de grâce, des mélodies cristallines comme lui et ses compagnons de CSN&Y ont seuls le secret : "Music Is Love" petite ritournelle acoustique enrichi de congas, "Traction On The Rain", "Laughing" qui répond au mysticisme d'un George Harrison ou ce "Song With No Words" tout en délicatesse, embelli par le piano de Greg Rollie.
Pour autant, ce premier album est un disque varié qui doit beaucoup aux apports de musiciens irréprochables, les guitaristes Jerry Garcia et Jorma Kankaunen en tête qui transcendent l'hypnotique "Tamalpais High" sans doute le morceau le plus connu du disque. Un Jerry Garcia au top de sa forme sur le plus rock "Cowboy Movie" qui multiplie les solos, portent à lui seul le morceau pendant que Crosby déclame plus qu'il ne chante des paroles énigmatiques a priori rapportant la séparation de CSN & Y. Même si on est circonspect sur cette explication, le morceau reste un sommet d'acid folk.

La conception du disque, entre morceaux écrits au fil des années par Crosby et improvisations lors de jam sessions, fait de ce disque un petit miracle mais aussi la démonstration du talent de tous ces musiciens. La construction d'un titre comme "What Are Their Names" est tout simplement remarquable : le morceau débute lentement par quelques accords de guitares signées Crosby et Garcia, puis progressivement vient se greffer la basse de Phil Lesh, la batterie de Bill Kreutzman avant les envolées vocales de toute la clique présente ce jour là (2) !
Le travail remarquable de Stephen Barncard qui offre le parfait écrin aux compositions de Crosby, usant avec intelligence et parcimonie des possibilités des studios, sans abuser des effets de manche, apportant juste le petit plus qui transcende un morceau, n'est pas pour rien dans le charme intemporel de If You Could Only Remember My Name.

Le disque eut un succès relatif et ce malgré quelques critiques négatives à son encontre notamment de la part de Lester Bangs (3).
Pourtant il constitue à la fois un témoignage du talent (immense) de Crosby mais aussi du foisonnement créatif et de l'ambiance de franche camaraderie qui caractérisait la scène californienne de l'époque (l'opposé du contexte politique et social plus que tendu...)
Cet album est assurément un de ceux à emporter sur une île déserte.

Frank

(1) "Orleans" est en fait une reprise des derniers vers du "Carillon de Vendôme" comptine française du XVIe siècle, jouée dans une version plus lente.
(2) la chronique du grand Lester Bangs. http://web.archive.org/web/20080304151208/http://www.rollingstone.com/artists/davidcrosby/albums/album/193663/review/5943043/if_i_could_only_remember_my_name
(3) les choeurs sont crédités au "PERRO" pour Planet Of Earth Rock And Roll Orchestra, surnom donné à tous les musiciens enregistrant ensemble à cette époque et que l'on retrouve pour la première fois sur Blows Against The Empire de Jefferson Starship et donc cet abum de Crosby.


Tracklisting :
1-Music Is Love (Crosby, Nash, Young) - 3:16
2-Cowboy Movie (Crosby) - 8:02
3-Tamalpais High (At About 3) (Crosby) - 3:29
4-Laughing (Crosby) 5:20
5-What Are Their Names (Crosby, Garcia, Lesh, Shrieve) - 4:09
6-Traction in the Rain (Crosby) - 3:40
7-Song With No Words (Tree With No Leaves) (Crosby) - 5:53
8-Orleans (traditionnel) - 1:56
9-I'd Swear There Was Somebody Here (Crosby) - 1:19

En écoute ici :
http://grooveshark.com/#!/album/If+I+Could+Only+Remember+My+Name/272715

Vidéos :




1 commentaire:

  1. MC5 m'a tuer23 janvier 2012 à 17:25

    "Michael Shrieve"

    Ah lui je l'aime bien, c'est le tout jeune batteur de Woodstock, pénomènalement bon.

    Bon, sinon, la chronique... YEAH. (merci, quoi)

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