19 juin 2011

Le Rock et moi (2002) par Joe Sacco

C'est du journalisme ou de la bd ? La question se pose lorsqu'on évoque Joe Sacco, l'auteur de Palestine (1996), Gorazde (2004) ou The Fixer (2005). Les bouquins précités vous plongent dans l'horreur de la guerre à travers les entretiens recueuillis par ce journaliste/dessinateur iconoclaste, les albums de Joe frappant aussi fort que des images à la télévision...et même pire.

Mais à RawPowerMag', on parle de musique, non ? Alors où est le rapport ? Et bien sachez que Joe Sacco est également un passionné de rock et s'est fendu en 2002 d'une reflexion sur l'univers déjanté du rock'n roll à travers quelques cases bien senties. Un ouvrage qu'il dédie à ceux qui – comme lui – « ont eu le bon sens de ne pas créer de groupe de rock »...
Ainsi, Joe se revoit à Berlin, parti dans l'esprit rawpower pour devenir roadie pour des « rockers purs et durs » et s'attache à décrypter ce monde où les apparences et les poses sont bien souvent plus importantes que la musique elle-même.

Dans Le Rock et moi, l'humour est évidemment de mise. Les groupes en prennent pour leur grade et Joe tire à boulet rouge sur la célébrité fugace de ces chevelus parmi d'autres qui retourneront dans leur crasse et à leur bière éventée sitôt la mode passée. Les fans sont versatiles, prêts à tout pour rencontrer leurs idoles, dans l'espoir de s'asperger de quelques gouttes de leur succès sans se rendre compte qu'on est en train de leur pisser à la gueule !
Les producteurs de disques sont sans scrupule, ils laissent vivre leurs poules aux oeufs d'or dans des bouges infestés de rats. Installé dans son bain de soleil près de la piscine, un prod' est au téléphone avec un de ses poulains : « alors, toujours ce problème de rats ? ». Le rockeur lui répond qu'il a réglé le problème, un sandwich à la main d'où la queue d'un rat dépasse entre la salade et les tomates...
Mais Joe n'hésite pas non plus à s'inclure dans ce petit monde dérangé.
Vouant un culte pour les Stones, il nous raconte ses expériences de concert période Voodoo Lounge, matant l'écran géant dans le stade où Jagger enchaîne les sauts de cabri (« une vidéo de fitness »), ses déceptions de disques, ses rapports avec les autres fans (de simples « porteurs de billet », comparé à lui, le VRAI fan).
Outre le Rock, Joe évoque également un concert de RL Burnside, ce vieux bluesman remis en selle grâce au Jon Spencer Blues Explosion dans les nineties. La bd se clôture sur l'histoire poignante de T-Model Ford, autre bluesman extirpé du passé. Le conduisant sur la route jusqu'à chez lui dans le Mississipi, Joe traverse des routes qui n'ont « pas du changer tant que ça depuis l'époque où Robert Johnson chantait Blues Falling Down Like Hail » pendant que le bluesman lui narre quelques anecdotes déprimantes sur sa vie.

Au final, entre deux histoires sur le conflit israëlo-palestinien, Le Rock et moi apporte donc un peu d'humour et de légèreté dans l'oeuvre de Joe Sacco, ce dessinateur multi récompensé pour son travail de journaliste...A moins que cela ne soit l'inverse.

Mr BOF



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