12 avril 2009

Beirut - March Of The Zapotec & Realpeople : Holland (2009)

Zach Condon, l'homme qui se cache derrière Beirut, revient avec un drôle d'objet : en une seule pochette sont réunis deux EPs, l'un aux tonalités mexicaines (March Of The Zapotec), l'autre aux sonorités électro-pop (Realpeople : Holland). Condon nous a habitué aux bizarreries. Ce jeune homme est connu de nos services pour avoir produit deux albums plus (Gulag Orkestar) ou moins (The Flying Club Cup) inspirés par la musique... des Balkans ! Plutôt curieux pour un natif du Nouveau-Mexique... Il ne faut pas s'étonner, dés lors, que Zach Condon divise la blogo-poposhère. Pour la majorité, le bonhomme est un petit génie. Quelques esprits plus critiques voient en Condon un touriste de la musique, n'ayant livré qu'une version affadie, déracinée et caricaturale des folklores balkaniques.
C'est sans doute pour couper court à de tels commentaires que Beirut, pour enregistrer March Of The Zapotec, s'est entouré d'une véritable fanfare mexicaine. Fort de dix-sept membres, l'orchestre Banda Jimenez accompagne en musique les temps forts du village de Teotlilan del Valle, au sud-est de la ville d'Oaxaca. Ces gens savent jouer ! Les albums précédents de Beirut laissaient percer le goût de Condon pour les marches funéraires, et la Banda Jimenez s'impose dans ce domaine. "La Llorona", "On A Bayonet" ou "The Shrew", aux cuivres solennels, au train de sénateur, semblent avoir été composées pour l'enterrement du corps sans tête d'Alfredo Garcia. "The Akara", avec son introduction mélodramatique, son break d'ukulélé et sa rythmique agile, s'impose comme le clou de cette "marche des Zapotec". La voix plaintive de Condon se mêle avec bonheur aux cuivres de la Banda Jimenez, et l'écoute de ce mini-album procure un réel bonheur.
La transition avec Realpeople : Holland n'est pas évidente. Les cinq titres de cet EP révèlent l'envers du décor. S'il est aujourd'hui connu pour ses albums aux teintes folkloriques, Condon a appris à composer en élaborant des chansonnettes de pop électroniques. L'intérêt de ces morceaux vient surtout du fait qu'ils viennent après un disque de musique mexicaine. Le passage du chaud au froid est alors assez excitant. Elaborés à partir de claviers un peu cheap, les morceaux en eux mêmes sont assez peu marquants. On retiendra surtout, pour son lyrisme, "My Night With The Prositute From Marseille" (il y a bien un exotisme de pacotille chez Zach Condon...) et, pour sa rythmique simplette mais efficace, "No Dice".
Avec ces deux EPs, Zach Condon entretient avec talent l'écran de fumée qui entoure sa musique. Musicien bohême et voyageur, nouveau David Byrne, ou touriste pop, petit blanc se réfugiant dans ses comptines synthétiques ? Mystère. Reste à écouter ce disque hybride, qui restera une des curiosités de 2009.

Mr. Pop

(http://www.myspace.com/beruit)

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