19 octobre 2008

Herman Dune - Next Year In Zion (2008)

Neuvième album officiel, en huit ans (!), de Herman Dune, Next Year In Zion fait partie de ces disques qui procurent un bonheur immédiat, proche de la béatitude. Cela vaut donc le coup de rappeler qui se cache derrière ce nom curieux. Le noyau du "groupe" est, à l'origine, constitué par deux frères franco-suédois, André et David-Ivar Herman Düne. Tous deux s'occupent des guitares et des voix. A ce noyau s'ajoutent Neman (percussions), mais aussi Julie Doiron, The Baby Skins (choeurs), et bien d'autres. Insaisissable, Herman Dune navigue entre Berlin, Paris et New York, se targue d'avoir enregistré quatre cent chansons, est passé douze fois derrière les micros de la BBC (gloire au regretté John Peel !), et continue de livrer des flopées de CDs autoproduits (merci Ground Zero !). Extravagant, en ces temps bien calibrés ? Oui, et c'est cela qui rend ce groupe si précieux.
Pour ce nouvel album, on reprend les choses là où on les avait laissé à la sortie de Giant (2006) : André a bel et bien quitté le navire, et Herman Dune se compose aujourd'hui de David-Ivar et de Neman. De nouveau, l'ingénieur du son Richard Fromby a élaboré un nid sonore douillet, et on parfois l'impression que le groupe joue, tout naturellement, dans votre salon. Ceci dit, vous avez intérêt à disposer d'un assez grand salon, et de quelques bières au frais. Loin d'être chiches, les morceaux sont ornés des cuivres des Jon Natchez Bourbon Horns et des choeurs de The Baby Skins, Doctor Schönberg s'occupe des percussions, Ben Pleng fait un superbe travail à la basse, et David Tattersall orne le disque d'éclairs de guitares dans la meilleurs tradition folk-rock californienne.
Des choeurs ? Des cuivres ? On pourrait avoir peur du fatras. Que nenni. Next Year In Zion est un album d'une clarté et d'une luminosité rares. Chaque morceau dispose d'une belle charpente folk-rock, les cuivres ajoutant des touches tantôt soul ("On A Saturday"), tantôt western ("When We Were Still Friends"),voire carrément mariachi. L'utilisation des choeurs rappelle l'usage qu'en fit Leonard Cohen ("When We Were Still Friends") : c'est parfait.
Au delà de la qualité musicale des morceaux, le charme du disque vient inconstablement du chant et des paroles de David-Ivar. Celui priviliégie un style vocal très clair, détachant sans effort apparent mots et syllabes. Tout s'entend, tout se comprend, au plus grand bénéfices des textes. Curieuses paroles, qui font le pari d'une certaine naïveté teintée d'humour, et d'où tout cynisme et rancoeur semblent exclus. Les chansons tiennent de l'arche de Noé : on recense chevaux, abeilles, serpents, écureuils, hirondelles, singes, lions, alligators, dauphins, requins, alligators, pélicans...Bien entendu, la romance baigne l'ensemble des morceaux. Des images, incongrues dans l'univers du rock, se nichent dans le cerveau de l'auditeur : des rabbins se rendant en file à la synagogue, une jeune baigneuse nageant plus vite qu'un alligator, une hirondelle donnant la becquée à des oisillons... David-Ivar a l'art de la vignette, de l'instantané ; "Ray Charles on the radio/Listen to the beat/Dancing is automatic/You couldn't sit still/You were jumping on your seat/And you were looking fantastic." ("On A Saturday").
Sans aucun doute, Herman Dune, avec cet album au ton saugrenu, vient de sortir un des disques les plus attachant de l'année et réjouira ceux qui aiment Ray Charles, Leonard Cohen, Bob Dylan, Harry Belafonte...

(Mr. Pop)

http://www.myspace.com/therealhermandune)

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