15 septembre 2008

Beck - Modern Guilt (2008)

A la sortie de l'album Mellow Gold, Beck a fait l'objet d'un reportage dans les Inrockuptibles. Une des photos illustrant l'article montrait le blondinet avec la main grande ouverte, avec, sur la paume, ce mot, tracé à l'encre : "uncool". C'était le comble de l'ironie, a-t-on pu croire. Qui, à l'époque, était plus cool que Beck, avec son single tuant, "Loser" ? Dans les années 90, Beck connaît un véritable état de grâce. Odelay reste un album fascinant, Mutations est un chef d'oeuvre, tandis que One Foot In The Grave explore le folk lo-fi bricolo avec talent. Les choses se gâtent avec le funky Midnite Vultures, fatigant à force de bip-bips et autres bruitages. Peu importe : Beck est cool. Les critiques se retournent dans les années 2000. Sea Change, bel album de folk plaintif, est mal reçu. Guero et The Information signent le repli. On s'interroge désormais sur la capacité de Beck à se renouveller. Est-il fini ? On s'attarde sur son affiliation à la scientologie. Lors de ses prestations sur scène, ce sont des marionnettes qui font l'attraction...Pas cool.
A sa façon, Modern Guilt marque le retour de Beck. Celui-ci, à la recherche de son neuf, s'est attaché les services du producteur Danger Mouse. L'homme est à la mode : il a mis sur orbite Gnarls Barkley et a concocté le Grey Album, curieux mélange entre le White Album des Beatles et le Black Album du rappeur Jay-Z. C'est Danger Mouse qui est cool, aujourd'hui. Quoi qu'il en soit, Beck a été bien inspiré; Modern Guilt est un bon album, sec, sans temps morts (dix morceaux, une demi-heure, le format idéal). Le parti pris des deux bonhommes a été de privilégier les rythmiques. On pense volontiers à Percussions, ce bel album de Gainsbourg...
L'alliance de vocaux désenchantés, fredonnés d'une voix presque absente, et de beats taillés au scalpel frappe l'auditeur. Les morceaux défilent, comme à la parade. "Gamma Ray", mi-psyché mi-surf, est une petite merveille. Mélange d'exaltation et d'abattement,"Chemtrails", avec sa batterie omniprésente (gloire à Joey Waronker !) est un des clous de l'album. Les samples alambiqués de "Walls" oscillent entre préciosité et psychédélisme. Moins inspirée, "'Replica" décalque le Radiohead de Kid A, à moins qu'elle ne duplique le Beta Band de Hot Shots II... Qu'importe, le meilleur est à venir, avec, en guise de conclusion, les superbes "Profanity Prayers" (rock enlevé et nerveux) et "Volcano" (folk doloriste). On est bluffé : cela faisait des années que l'on n'avait pas pris autant de plaisir à l'écoute d'un album de Beck.
Il n'empêche, le verdict est ambigu. Modern Guilt n'éclipsera pas Odelay, bien sûr...tout en étant un très bon disque. S'il est loin d'être un has-been, Beck n'est tout simplement plus la tête chercheuse de la pop...C'est sans doute là l'origine du ton désabusé qui imprègne l'album. L'avenir de Beck était peut être bien écrit dans la paume de sa main. Définitivement, uncool.

(Mr. Pop)

(http://www.myspace.com/beck)

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