21 février 2014

Cheveu - BUM (2014)

La sortie de ce nouvel album de Cheveu va enfin pouvoir nous permettre de corriger une injustice : comment a-t-on pu oublier d'écrire ne serait-ce qu'une ligne sur le groupe en 6 ans ? Comment, alors que l'on a particulièrement apprécié leurs deux premiers efforts (Cheveu en 2008 et 1000 en 2011), n'avons nous pas contribué à répandre la bonne parole : Cheveu est l'un des meilleurs groupes en France.

Cette introduction en forme de mea-culpa  faîte, concentrons nous sur l'essentiel : BUM, troisième album du groupe donc, doté d'une pochette que n'auraient pas renié les Butthole Surfers.

Musicalement, ce disque est sans doute le plus produit que les Cheveu aient sorti jusqu'à présent, il s'agit même, osons le, de leur disque le plus pop à ce jour ! Alors que l'on se rassure, il s'agit d'un disque de Cheveu, ce côté pop plus affirmé n'entamant en rien ce don pour les compositions à tiroir et le bordel toujours joyeusement maîtrisé. Et surtout, on retrouve sur BUM ce sens aigu de l'absurde qui rend le groupe indispensable.

On retrouve ainsi pêle-mêle, des paroles tirés de Buffet Froid de Bernard Blier ("Polonia"), un titre qui renvoie aux Guns mais qui n'a en fait rien à voir ("Juan In A Million"), un titre évoquant l'affaire Markovic ("Madame Pompidou"), on en passe et des meilleurs.

Ce BUM est un concentré de fun et de trouvailles sonores en tout genre. A l'impression première de joyeux bordel succède immédiatement une admiration certaine : diantre, comment font les gars pour maintenir l'attention de l'auditeur en réussissant à maintenir l'unité du disque ? Tout simplement parce qu'ils sont pétris de talent. Sinon comment concevoir qu'ils réussissent un album aussi homogène tout en mêlant garage frondeur, DIY, éléments kraut et expérimentations tordues à la Wall Of Voodoo?

De l'éthéré et poppy "Pirate Bay" au glauque "Blood & Gore", du trépidant "Slap And Shot", à l'ambitieux "Polonia" en passant par l'improbable "Stadium" ou le délicieux "Madame Pompidou", les Cheveu réussissent le pari de se renouveler sans trop changer et surtout de poursuivre leur petit bonhomme de chemin avec un nouveau jalon d'une discographie pour l'instant sans failles.

Frank

Tracklisting :
01 – Pirate Bay
02 – Slap and Shot
03 – Polonia
04 – Juan in a Million
05 – Stadium
06 – Albinos
07 – Madame Pompidou
08 – Monsieur Perrier
09 – Blood and Gore
10 – Johnny Hurry up

En écoute :

6 juillet 2008

The Black Lips - Maroquinerie

Venus d'Atlanta, les Black Lips sont considérés outre-atlantique comme le meilleur groupe de scène actuellement en activité et est en passe de devenir culte. Même la presse française commence à s'emballer et la venue du groupe est à ce titre attendu comme LA sensation live du moment.
En première partie, nous avons droit à deux groupes français :
Tout d'abord venus de Bordeaux les Weakends proposant un garage rock sixties de bonne facture, vraiment emballant, à suivre donc... A noter que le groupe a sorti un 45T, ce qui fatalement impose le respect.
(http://www.myspace.com/theweakends)
Puis Cheveu groupe apocalyptique à mi-chemin entre Kraftwerk et Residents, présentant un guitariste balançant des riffs noisy agressifs pendant qu'un comparse aux claviers égrennent des sonorités synthétiques et que le chanteur (!) pourvu d'un appareil pour déformer la voix s'époumonne en hurlant littéralement.. extrême.. bon pas ma came...
(http://www.myspace.com/cheveu)
Juste avant l'entrée sur scène des Black Lips, un début de rixe éclate dans la fosse, la tension monte... un roadie qui passera d'ailleurs sa soirée à ça s'empresse d'immortaliser la scène, hilare. Les Black Lips montent enfin sur scène... On note deux gars avec des casquettes façon Marlon Brando dans l'Equipée sauvage...
La salle est blindée, le public est composé tout à la fois de trentenaires et de jeunes que l'on a plutôt l'habitude de voir aux soirées R&R Friday de R&F.
Ce fut disons le d'emblée un concert mémorable, et un énorme moment de sauvagerie comme seul peut en produire le rock and roll! Sauvage tout autant sur scène que dans le public. Un guitariste qui balance des glaviots en l'air et tente de les éviter, un chanteur qui décapsule les canettes avec ses dents, leur look et le répertoire, tout ça fait que les Black Lips SONT le Rock & Roll avec toute la dramaturgie et les clichés qui vont avec.
La bière vole sur scène comme dans le public...
Le public pogotte et slam tout le concert et ce dès les premiers accords : le premier morceau sera rejoué suite à la chute d'un micro heurté par un fan monté sur scène... Le service d'ordre aura été assez limite et aura eu énormément de mal à contenir une foule venu pour s'amuser, en cela attiser par le jeu des musiciens entourés d'une aura sulfureuse (pour rappel leur album précédent était un live enregistré à Tijuana dans une maison close...).
On voit donc un ballet incessant de jeunes montant sur scène pour se jeter dans le public ou une nana venant embrasser à tour de rôle tous les musiciens... poursuivis par deux gorilles de la sécurité qui n'ont à l'évidence pas compris que ce joyeux bordel est justement le but recherché par les Black Lips... Le guitariste allant même jusqu'à simuler une sodomie sur la personne du videur...
Musicalement c'est comme sur disque : approximatif, barré et sauvage! mais la joie de jouer emporte tout! La palme aux morceaux "Katrina", "Bad Kids", "Dirty Hands", "Cold Hands", qui remportent (encore plus) l'adhésion.
On a donc le sentiment d'avoir vécu un moment d'une rare intensité, tout en rage rock and roll et cela fut un réel plaisir à voir et à entendre... Pas de rappel, après près d'une heure de pur bonheur, non que cela soit forcément la volonté du groupe mais un fan aux derniers accords du dernier morceau a choisi de se jeter dans le kit de batterie... suivi par une nuée de fans montant sur scène...
Un concert dont on sort exsangue mais heureux...
Le genre de moment où on se dira plus tard : j'y étais...
(Mr Rock)

http://www.myspace.com/theblacklips