24 juillet 2011

Comme si j'avais des ailes – Chet Baker

Le jazz constitue peu ou prou 50% de la musique que j'écoute.
Ça doit faire une dizaine d'années que j'ai inséré pour la première fois un CD de jazz dans un lecteur. Errant dans la médiathèque de ma petite commune du centre de la France, je décidais un jour d'aller piocher une galette au rayon jazz après avoir gravé l'ensemble de la maigre collection de disques rock'n roll disponible.

Et devinez quoi ? J'ai emprunté un disque de Chet Baker. Un album nommé Strollin' en duo avec l'excellent guitariste Philip Catherine. Une merveille de coolitude, les sons de Chet se mariant divinement avec les notes tout en rondeur de la six cordes du belge.

 "Mon premier album de jazz"

Tout ça pour dire que, finalement, c'est un peu (beaucoup) grâce à Chet Baker que j'écoute du jazz aujourd'hui. Une référence qui reste incontournable dans n'importe quelle discothèque. Chet tirait une mélancolie inimitable de sa trompette. Impossible de le confondre avec un autre trompettiste : son empreinte est indélébile sur l'histoire de cette musique puisant ses racines dans le blues.
Chet avait tout. Non content de maîtriser son instrument à la perfection, il avait une gueule d'ange et...une voix...une voix fantastique. Il faut l'écouter scatter sur certains morceaux : la douceur de sa voix androgyne se confond avec la trompette...On est loin, très loin des chanteurs enchaînant les « babidoubidou bidouwa » horripilants !

"La gueule d'ange"

C'est bien simple, Chet était si talenteux que même des géants tels que Charlie Parker ou Miles Davis avaient le plus profond respect pour ce jeune blanc-bec de la côte ouest.
Mais le destin de cet homme, pour qui une bonne fée s'était franchement lâchée au dessus du berceau, fut chaotique. La faute à une passion immodérée pour la drogue sous toutes ses formes et en particulier sous celle de l'héro et de la coke. Chet alterna donc pendant des années les séjours en prison (18 mois en Italie...en sortant il parlait couramment italien) et à l'hôpital, se ruinant la santé, toujours fourré chez des médecins « bienveillants » pour se faire prescrire des ordonnances de substances illicites, constamment impliqué dans des enquêtes policières (dans plusieurs pays), enchaînant les concerts et les enregistrements (plus de 200 disques à son actif !). Un quotidien connaissant des hauts et des bas, baignant bien souvent dans les souffrances du manque.
"Fin des 80's"

Sa mort par défestration en 1988 à Amsterdam laissa un vide difficile à combler. Contrairement à un Miles Davis parfois (hum) irritant par son attitude mégalomaniaque, Chet incarne l'humilité faite homme; une qualité suffisament rare pour être soulignée.

 "Chet & Miles"

Bon, et ce bouquin alors ? Ça donne quoi ? Et bien je le trouve frustant. Pourquoi ? Mais parce qu'il ne fait que 80 malheureuses pages, voyons !
Sorte de journal intime, Chet y lâche ses impressions sur sa jeunesse, l'armée à la fin des années 40 à Berlin, sa rencontre avec Bird et ses déboires innombrables liés aux stupéfiants. Son écriture simple sonne juste et ne cherche pas à enjoliver les évênements décrits. Chet raconte ce qu'aucun historien du jazz ne pourra jamais décrire : des souvenirs précis. Certaines tirades sont parfois savoureuses : « Jimmy McKean était batteur, avec un talent sortant de l'ordinaire : il était complètement ambidextre et avait la réputation de posséder une des plus grosses bites à l'ouest de la Sierra Madre ». Souvent émouvante, cette courte autobiographie du trombo d'oro (son surnom en Italie), préfacée par sa femme Carol, mérite donc que vous consacriez une ou deux heures de votre vie à sa lecture...un vinyle de Chet tournant 33 fois à la minute à vos côtés afin de plonger complètement dans le tumulte de cette vie de trompettiste hors-norme.


Mr BOF.


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