14 avril 2010

Et Pour Quelques Gouttes De Plus .... (illustration scénaristique d'une poignée d'œuvres du grand Ennio Morricone)

Bon alors voilà. Désireux de faire une chronique sur Morricone, je me suis dit que je ne pouvais pas décemment "choisir" un disque parmi d'autres...Et puis donner mon avis sur cette musique cultissime...What's the point ?
Donc, j'ai décidé de faire une chronique un peu spéciale pour lui rendre hommage. En fait, une chronique qui n'en est pas une...puisqu'il s'agit d'un scénario. Un scénario de court métrage, très (!) connoté, à lire AVEC les 5 chansons que j'ai retenues. C'est à dire qu'il faudra s'arrêter pour cliquer sur la piste audio lorsque je cite une nouvelle chanson dans le scénario. Ok ? Bon, ça coupera votre lecture l'espace de trois secondes...Mais ça vaut le coup, puisqu'avec Ennio Morricone en fond sonore, mon torchon prend une sacrée plus-value, non ?

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OUVERTURE EN FONDU : EXTERIEUR RUE

Nous sommes sur la rue principale d'une petite ville du Far West. Déserte.

The Sundown (The Good, The Bad & The Ugly) résonne dans l'air étouffant.

Un soleil de plomb écrase la ville. Soudain, au bout de la rue, de la poussière s'élève. Il s'agit d'un cowboy sur un cheval noir comme l'ébène. GROS PLAN sur le visage du cowboy. Ses yeux sont injectés de sang. Ses cheveux blonds ont pris la couleur de la cendre. Il est à bout de force, son visage est déformé par la fatigue. Son cheval trébuche plus qu'il ne trotte. TRAVELLING ARRIERE sur la rue : de chaque côté, on devine des visages se pressant dans l'ombre aux fenêtres des bâtisses qui semblent abandonnées. Le cowboy est désormais au milieu de la rue. Il descend péniblement de son cheval et regarde autour de lui. Pas une âme qui vive. Les visages cachés dans l'obscurité disparaissent des fenêtres. Ses yeux se posent sur l'enseigne d'un Saloon. Il s'avance vers l'entrée en claudiquant, laissant son cheval derrière lui. The Sundown s'arrête. Un choc sourd déchire le silence à quelques pas du cowboy. Il se retourne précipitamment, braquant son colt vers l'origine du bruit. GROS PLAN sur son cheval qui gît au sol, mort d'épuisement. PLAN LARGE. Le cowboy baisse la tête, il murmure quelques paroles inaudibles puis repart en direction du saloon. GROS PLAN sur sa main qui se pose sur la poignée de la porte d'entrée.

INTERIEUR SALOON

Plongés dans les ténèbres, deux formes sont blotties dans un coin de la salle. On ne peut distinguer leur visage. La pendule de A Dangerous Barber (My Name Is Nobody) entame son tic tac.

GROS PLAN sur les formes en question. Il s'agit de deux hommes. Leur peau est blafarde, leurs yeux noirs comme l'enfer et leur sourire laisse échapper deux canines proéminentes.

Vampire 1 (chuchotant) : Se pourrait-il ?

Vampire 2 (fronçant les sourcils) : Tais toi ! Tu vas nous faire repérer !

Vampire 1 : Tu n'es pas étonné ?

Vampire 2 : Bien sûr que si ! J'ose à peine y croire...La chance nous sourit enfin.

Vampire 1 : (grimaçant de douleur) J'ai tellement faim...

Vampire 2 : Je sais.

La porte du saloon s'ouvre brutalement. La lumière s'engouffre dans une partie de la salle. Nos deux vampires se pressent un peu plus l'un contre l'autre. Leur recoin est protégé. Ils sont invisibles aux yeux du cowboy qui s'avance doucement, le colt pointé en avant. GROS PLAN sur le revolver, VUE SUBJECTIVE par le canon.

Cowboy (d'une voix éraillée après des jours de silence) : Quelqu'un ? Y a t-il...(tousse)...Quelqu'un ? J'ai...J'ai si soif...(tousse)

PLAN LARGE. Le cowboy marche vers le bar d'un pas inquiet. Des bouteilles couvertes de poussière trônent sur les étagères. Malgré son extrême fatigue, il demeure en alerte. Il se sent épié. Il le sait. Quelqu'un le surveille. VUE PLONGEANTE par le ventilateur au plafond qui ne tourne plus depuis bien longtemps.

Cowboy (d'une voix un peu plus forte) : Je suis armé ! Et...(tousse) Mes balles sont trempées d'eau bénite. Je veux juste...Boire...

Sous l'effet d'une bourrasque, la porte du saloon se referme violemment. PAN ! Le cowboy se retourne en poussant un cri de surprise, quasi douloureux. PLAN LARGE. La pièce est désormais plongée dans l'obscurité. Le cowboy hésite. CHAMP CONTRE CHAMP sur la porte de sortie. Le bar et ses bouteilles ne sont qu'à quelques mètres. Il décide de continuer. TRAVELLING AVANT jusqu'à la cachette des deux vampires. GROS PLAN sur leurs yeux. Ils sont fascinés par le cowboy. Ils salivent. PLAN SERRE. Le cowboy est maintenant collé au comptoir du bar. Il avance son arme doucement afin de jeter un œil derrière le comptoir : rien. Il soupire de soulagement. PLAN LARGE. Il s'enhardit et passe rapidement derrière afin de se saisir d'une bouteille parmi d'autres. GROS PLAN sur la bouteille qu'il secoue. Elle est vide. Il la repose. PLAN LARGE. Il en saisit une autre. Vide. Une autre. Encore vide. Une autre. Toujours vide. Le cowboy fracasse cette dernière sur les autres en hurlant. Il pose ses coudes sur le comptoir, exténué.

Cowboy (désespéré, à voix basse) : Je suis fatigué. Je...J'ai tellement...

Vampire 1 (seul au milieu du saloon, une bouteille à la main) : C'est ça que tu cherches ?

Le cowboy se retourne, le colt braqué sur Vampire 1.

Death Rattle (Once Upon A Time In The West) glisse son air d'harmonica.


Vampire 1 (souriant) : Tout doux, l'étranger. Tu es bien nerveux...La soif peut être ?

Vampire 1 ouvre la bouteille et laisse couler par terre quelques gouttes d'eau. ZOOM sur les minuscules flaques qui se forment sur le sol vermoulu.

Vampire 1 (salivant) : Mmm...De l'eau. Source de vie, n'est-ce pas ?

Cowboy (rictus) : Tout comme le sang...

Vampire 1 (souriant, rebouchant la bouteille) : Approche étranger. Viens t'abreuver. Tu sembles avoir fait un long chemin...

Cowboy : Plus long que tu ne peux l'imaginer. Sais-tu où en est le conflit ?

Vampire 1 (surpris) : Le conflit ?

Cowboy (agacé) : N'as-tu donc aucune nouvelle ?

Vampire 1 : Quelles nouvelles ? Pour ce que j'en sais, nous avons vaincu depuis fort longtemps.

Cowboy (surpris à son tour) : Vaincu ? Mais les poches de résistance au...

Vampire 1 (sec) : Sud ? Disparues depuis des lustres. Nous...Je meurs de faim dans cette ville. Mais partir où ? Même les animaux se font rares. Ne parlons pas d'êtres humains. Le sang frais se fait rare de nos jours...

Cowboy : Mais...Les gens qui vivent ici...D'où viennent-ils ?

Vampire 1 (fronçant les sourcils) : Je suis seul, te dis-je.

Cowboy (frappant du poing sur le comptoir, énervé) : Ne me mens pas ! Je les sens...Je sens votre pourriture dans l'air. Je sais parfaitement où j'ai posé les pieds...

Vampire 1 (calme) : Très bien. Nous sommes effectivement quelques centaines dans cette ville. Sache que cette « pourriture » vient des quatre points cardinaux. Tous affamés. Il ne reste plus rien à...boire. Ces gens sont venus mourir ici, avec une chimère en tête : qu'un jour, un étranger tel que toi entre dans cette ville. Histoire de suçoter une dernière veine avant de crever la gueule ouverte. C'est tout ce qui leur reste comme espoir. Et toi...Toi, l'étranger. Hé, hé...Tu viens taper à ma porte. A cette heure du jour ! Avec ce soleil qui n'a pas fini de briller...Personne ne viendra nous déranger. Et je serai le seul et unique à profiter de ce festin ! (il sourit, ZOOM sur ses deux canines)

Cowboy (rictus) : Et que fais tu de ton compagnon ?

Vampire 1 tressaute. Le cowboy ferme les yeux. GROS PLAN sur ses paupières. PLAN LARGE.

Il tend son bras en direction de la cachette où se trouve Vampire 2. GROS PLAN sur Vampire 2 qui écarquille les yeux en ouvrant la bouche de surprise. Le coup part. Vampire 2 est propulsé contre le mur, les mains serrant son cœur. Du sang gicle de ses mains un peu partout sur ses vêtements. Il s'effondre par terre, les yeux vitreux.

La resa dei conti (Per qualche dollaro in più) égrène ses notes tandis que le canon du revolver fume encore.


GROS PLAN sur Vampire 1, pétrifié. GROS PLAN sur le cowboy, les yeux toujours clos, le bras toujours tendu.

Cowboy (murmurant) : Tu sens la pourriture ? Moi...Je la sens...Chaque seconde qui passe...emplit davantage mes narines (ses yeux s'ouvrent, il dirige son arme sur Vampire 1 et hurle) de ta pourriture !

Vampire 1 (effrayé) : Attends...Ne tire pas ! Prends cette bouteille !

Cowboy (machiavélique, son regard s'est obscurcit) : Tu m'offres quelque chose qui m'appartient déjà.

Vampire 1 (entre ses dents, pour lui-même) : Non...Pourvu que...

Cowboy (tousse violemment, abaisse son arme) : Je ne sentais...(tousse) Je n'étais pas sûr. Mais maintenant...Maintenant...Il me semble...Oui...J'entends des voix dans la maison d'à côté. (tousse en baissant la tête, tient à peine debout) Je vous entends...Tous !

PLAN LARGE. Vampire 1 se jette sur le cowboy. Il abat sa bouteille sur le revolver, puis pousse violemment le cowboy contre le comptoir en lui saisissant le visage. GROS PLAN sur Vampire 1 retroussant de force les lèvres du cowboy. PLAN SERRE sur la nuque de Vampire 1.

Vampire 1 (hurlant) : Non...Non !

PLAN LARGE. Vampire 1 tombe à genoux, la tête entre les mains. Le cowboy reste contre le comptoir, abasourdi. Il se tourne vers le miroir du bar et ouvre la bouche. ZOOM sur les deux canines à l'intérieur de sa bouche. Il grimace.

Il vizio di uccidere (Per qualche dollaro in più) démarre.

PLAN LARGE sur la pièce.

Vampire 1 (relevant la tête) : Pourquoi m'as-tu laissé espérer ? C'est toi la pourriture !

Cowboy (sa voix s'entend désormais à peine) : J'espérais que.. Je voulais...boire de...de l'eau...de l'eau...une dernière fois. Avant que...

Vampire 1 (secouant la tête, abattu) : Tu es probablement le dernier de ton espèce. (le cowboy s'effondre brutalement) Tu étais.

TRAVELLING ARRIERE pour sortir du saloon en prenant le point sur les yeux fermés du cowboy.

Quelques secondes de silence. PLAN LARGE sur le cadavre du cowboy au fond de la salle près du comptoir. Vampire 1 est hagard, toujours à genoux.

ZOOM AVANT sur le visage du cowboy.

Ses yeux sont grands ouverts.

Noirs comme l'enfer.

Mr BOF.

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