8 novembre 2009

Benjamin Biolay - La Superbe (2009)

Tout le monde connaît Benjamin Biolay ! Ses quelques passages dans les médias l'inscrivent dans la grande tradition, initiée par l'Homme à la Tête de Chou, des chanteurs-provocateurs-têtes à claques à la française. Ajoutez à cela une réputation collant à la vision bien stéréotypée du "bobo", des "articles de fond" sur ses idylles sentimentales rédigés par la presse de salle d'attente médicale (aussi appelée "presse people"), et tout semble fait pour que Biolay devienne le péstiféré des mélomanes.
Mais cela ne doit pas faire oublier que Biolay est également un musicien, et qu'il sort cette année son nouvel opus.
Et le moins que l'on puisse dire est que Benjamin n'est pas radin : La Superbe est un double album, dont le single éponyme était déjà disponible en téléchargement libre, pour peu qu'on le demande gentiment au site web du chanteur. "Quoi ? Un double album ? Trop long ..." s'exclame M. Pop, qui sait que marier quantité et qualité constitue généralement une gageure, bien qu'il soit également fan de l'ami Biolay. Donc qu'en est-il de cet étrange objet ?

Eh bien, si Biolay a passé une bonne partie de ses interventions médiatiques à tenter de flinguer la "Nouvelle Chanson Française Télérama-France Inter" (son fameux "la chanson française me débecte"), il y parvient de façon bien plus pertinente en une bonne vingtaine de titres, tous plus bluffants les uns que les autres.

Le morceau donnant son titre à l'album constitue d'entrée de jeu ce que Biolay faisait de mieux jusqu'ici : arrangements de corde délicats et lancinants, discrète partition d'un piano pourtant omniprésent, bref, le sommet de la symphonie pop biolaysienne qui synthétise assez bien tout ce qu'on avait adoré de lui depuis son premier album Rose Kennedy.

Cependant, Biolay impressionne cette fois par sa capacité à se réapproprier des influences qui semblent parfois attendues, et d'autres fois totalement insoupçonnées.

Ainsi, Night Shop est un hommage le plus vibrant à Bashung : le chant, le rythme et la symphonie évoquent une Fantaisie Militaire jamais entendue, ce qui constitue un plaisir forcément déléctable. De même, Miss Catastrophe conjugue l'influence tutélaire de Gainsourg et Bashung : paroles aux sonorités dures et cruelles de l'un, mêlées à une mélodie aux nuances claires-obscures amères de l'autre.
A l'opposé, l'artiste s'offre des incursions new orderiennes surprenantes et réussies (Si Tu Suis Mon Regard, Prenons le Large, Assez Parlé de Moi), des hits potentiels que la maisons de disque a pu s'offrir le luxe de ne pas proposer en singles.
Mais ces influences plus ou moins prégnantes ne font pas oublier que Biolay reste Biolay.

En effet, s'il est des aspects de l'oeuvre du compositeur qui n'ont pas disparu avec le changement de maison de disque opéré avant la sortie de ce nouvel album, c'est bien la noirceur, la colère et la mélancolie (votre serviteur a d'ailleurs eu le courage insensé d'écouter l'album en entier lors d'un week-end pluvieux, ce qui est fortement déconseillé).

Ainsi, soucieux de racheter son image de "mauvais garçon", l'artiste apporte sa modeste contribution au débat national initié par M. Besson (mais si, vous savez bien, "c'est quoi, être français ?"), en livrant une radiographie concise et cinglante de notre société, expédiée en une trentaine de vers, ironiquement intitulée Sans Viser Personne. Sa réponse est simple : "Déçu de nous, déçu de tout.". Tout y est dit avec un minimum d'effets, avec une finesse toute relative, mais avec une parfaite élégance.
Entre la ballade naïve et suicidaire 15 Août, au climat sonore lourd évoquant le déjà regretté Jacno, et le résumé glacé d'une relation amoureuse, mis en musique avec Jeannne Cherhal dans Brandt Rhapsodie, Biolay s'enfonce plus encore dans les tréfonds de son égo torturé.
Les petites lâchetés et rancoeurs inhérentes à beaucoup (toutes ?) d'histoires sentimentales sont décrites sans concessions (Tout ça Me Tourmente, Jaloux de Tout), enrobées parfois par des sonorités d'une douceur ironique toute smithsienne.
Probablement le moment le plus émouvant de l'album, Ton héritage est une mélodie dédiée à la fille du chanteur, emplie de bout en bout d'un optimisme totalement désespéré.

L'album se clôt par le morceau de facture plus classique mais délicate, 15 Septembre, histoire d'une rupture mélancolique qui s'achève par des paroles constituant une variation du morceau introduisant ce même album (La Superbe) , un petit gimmick idiot mais délicieux, tant il conforte le sentiment global de cohérence apporté par le double CD.

Avec La Superbe, Biolay semble commencer à s'imposer comme le potentiel "futur patron de la chanson française : son écriture s'est encore affinée (l'influence de la poésie des textes de Bashung) sans qu'il ne renie ses thèmes de prédilection, la tonalité globale de sa musique s'est encore assombrie et des fulgurances pop anglo-saxones traversent de part en part un album d'une richesse surprenante.

La Superbe est une définitivement drogue dure : vénéneuse et hautement addictive.

M. Indie

http://www.myspace.com/benjaminbiolay

L'album en écoute sur deezer :
http://www.deezer.com/en/index.php?incr=1#music/benjamin-biolay/la-superbe-392891

Disque 1
1- La superbe (choeurs : Gesa Hansen)
2- 15 août (lettre lue par Valérie Donzelli)
3- Padam
4- Miss Catastrophe
5- Ton héritage
6- Si tu suis mon regard
7- Night Shop
8- Tu es mon amour
9- Sans viser personne (Benjamin Biolay / Benjamin Biolay - Pierre Jaconelli)
10- La toxicomanie
11- Brandt Rhapsodie (Benjamin Biolay - Jeanne Cherhal / Benjamin Biolay en duo avec Jeanne Cherhal)

Disque 2
1- L'espoir fait vivre
2- Prenons le large
3- Tout ça me tourmente (voix : Jeanne Cherhal)
4- Assez parlé de moi
5- Buenos Aires (voix : Frederico Schindler)
6- Raté
7- Lyon presqu'île (voix : Alka)
8- Mélancolique
9- Reviens mon amour
10- Jaloux de tout
11- 15 septembre
12- Les grands ensembles (titre bonus présent dans l'édition limitée)

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