Joe et Fran CANFIELD décident d'organiser un concert de bienfaisance. Celui-ci étant prévu pour la rentrée suivante, les CANFIELD entreprirent donc immédiatement (tu m'étonnes, trois mois avant le jour J...) des démarches auprès de divers artistes. Certains agents firent même le premier pas et promirent la participation de leur(s) poulain(s).
Nos gentils organisateurs reçurent ainsi une « proposition qu'ils ne pouvaient pas refuser ». Il s'agissait du retour sur scène d'un des plus célèbres girl groups de la meilleure décennie musicale (non, non, pas les 80's !). Les agents de ce groupe mythique leur indiquèrent que les filles avaient un peu « changé » depuis les années '60. Mais bon, qui ne change pas en 20 ans, hein ? Et l'essentiel est que la magie demeure, pas le nombre de cheveux blancs ! Rock'n roll !
Bref. Septembre arriva, ainsi que le jour du concert...et le « célèbre » groupe. A dire vrai, les CANFIELD furent surpris de ne pas reconnaître physiquement les trois chanteuses présentes ce soir-là...
Et pour cause. Ils venaient d'être victimes d'une des plus célèbres escroquerie musicale du siècle ! Les filles purent néanmoins jouer sur scène ; après tout, elles étaient quand même là pour ça. Cependant, alors même qu'aucune d'entre elles n'avait fait partie du groupe d'origine, les filles se réclamèrent du bon vieux temps passé, comme si de rien n'était.
Elles furent « exfiltrées » très rapidement, afin de ne pas éveiller trop de soupçons parmi le public. Ce qui n'empêcha pas, par la suite, certains spectateurs présents ce soir-là de faire part de leur mécontentement aux
pauvres CANFIELD, complices malgré eux d'une belle arnaque...
Les « escroques » !
-o-O-o-
Fin de l'hiver 1964.
Philadelphie – New York City.
George MORTON (connu sous le sobriquet de « Shadow Morton », pour sa capacité à ne jamais être joignable), jeune homme – il est né en 1940 – originaire de Brooklyn, est un musicos à la « ramasse ». S'étant essayé au chant à la fin des années '50, créant au lycée un groupe de doo-wop (« The Marquees »), George se morfond dans l'échec.
Un soir, échouant à tenter de rallier New York depuis Philadelphie en auto-stop, il se résigne à appeler un ami à l'aide. Ce dernier vint le chercher en voiture, George put enfin revoir la Grosse Pomme, ce voyage se révéla être le plus important de sa vie....
En effet, les deux amis discutèrent énormément durant tout le trajet. Parlant de choses et d'autres, le conducteur demanda soudain s'il se souvenait de l'accordéoniste rencontrée du temps des « Marquees », Ellie GREENWICH. Bien sûr que oui ! Que devenait-elle, cette bonne vieille Ellie ?! Oh, pas grand'chose. Elle écrivait désormais des chansons. Des bricoles du genre « Be My Baby » (ou bien encore « Da Doo Ron Ron » et « Chapel of Love » !)...
Le lendemain, la première chose que fit George fut d'aller chez un disquaire, constater de ses propres yeux les élucubrations de son pote. Les noms d'Ellie, de Phil SPECTOR (!) ainsi que celui d'un certain Jeff BARRY figuraient bien sur la pochette du disque des « Ronettes »...
Poussé par la curiosité sinon par la jalousie, George réussit à joindre Ellie au téléphone. Celle-ci l'invita à passer à son bureau au Brill Building, sur Broadway. Cet immeuble hébergeait en fait plusieurs dizaines de labels indépendants et d'équipes d'auteurs ; il donna par ailleurs son nom à un courant musical, la Brill Building Pop.
Justement, l'un de ces labels, « Red Bird Records », venait d'être créé par Jerry LEIBER et Mike STOLLER, auteurs de « Hound Dog », « Jailhouse Rock », « Stand By Me », etc. Spécialisé dans les « girls groups », genre très en vogue à l'époque, « Red Bird Records » réussit à placer onze de ses 30 premiers singles dans le top 40 en 64-65.
George rencontra donc Ellie ainsi que son mari et collègue...Jeff BARRY dans les locaux de « Red Bird Records ». D'après la légende, l'entretien se passa très mal, Jeff voyant d'un très mauvais oeil les retrouvailles des deux amis. La discussion dérapa très vite, mais George (qui avait fait partie d'un gang, « The Red Devils », tout un programme !) ne se laissa pas faire et tenta un coup d'intox : il déclara savoir lui aussi écrire des chansons ! « What kind of songs ? » lui demanda Jeff, qui n'était pas dupe de la forfanterie de George. Celui-ci lui répondit simplement « Hit songs... !».
Jeff lui accorda donc un délai d'une semaine pour leur apporter un hit. Littéralement fichu à la porte, George entra à nouveau dans le bureau. Nonchalamment, il demanda à Jeff s'il souhaitait « a slow one or a fast one ? ». BARRY opta pour un slow.
Super ! Une chanson à pondre en une semaine... Si ça n'avait été qu'une chanson : Shadow Morton devait en même temps se dégoter un p'tit groupe sympa pour l'interpréter...
Autant dire que la situation était désespérée ! Enfin, pas tout à fait...
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